Il tabarro

Puccini

le 01/09/2020

par Chantal Cazaux

Franco Vassallo (Michele), Angelo Villari (Luigi), Antonio Garés (Il Tinca), Eugenio Di Lieto (Il Talpa), Maria José Siri (Giorgetta), Anna Maria Chiuri (La Frugola), Dave Monaco (Le Vendeur de chansons), Chœur et Orchestre du Mai musical florentin, dir. Valerio Galli, mise en scène : Denis Krief (Florence, 20/23.XI.2019).
Dynamic 37872. Notice et synopsis en angl. et ital. Distr. Outhere.

Les productions du Trittico telles que fidèles au vœu de Puccini (Il tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi dans la même soirée – une conception que le compositeur dut ensuite abandonner à contrecœur pour autoriser les exécutions séparées des trois ouvrages) ne sont pas légion. Hélas, Dynamic trouve le moyen d’éditer séparément les trois titres qu’avait réunis fin 2019 le Mai musical florentin. Dommage (et méchamment calculateur), d’autant que le metteur en scène Denis Krief signait également toute la scénographie (décors et costumes) selon un principe unitaire (panneaux mobiles permettant de passer d’une œuvre à l’autre, action centrée au XXe siècle), ainsi que les lumières : un coffret aurait permis au spectateur de prendre la mesure de la cohésion du projet, et mieux rendu justice à une œuvre aux facettes aussi contradictoires que complémentaires.

D’emblée, la simplicité efficace du dispositif scénique convainc : un plancher surélevé évoque une péniche, poursuivi en perspective par l’axe du canal Saint-Martin en photographie de fond de décor. Entrées et sorties, par les quais/coulisses ou les descentes/dessous, sont habilement réglées. On pourra regretter un usage trop frontal des lumières – mais le crépuscule final est joliment réussi.

Surtout, la distribution impressionne. Les moyens de Maria José Siri semblent inépuisables : large et lyrique, puissante et flexible, la voix est généreuse d’expression comme de musicalité, autant que l’actrice paraît naturelle, dosant un jeu sans outrance. Face à elle, Angelo Villari est tout simplement stupéfiant, passant les écueils redoutables de sa partie sans jamais sombrer dans le cri ou le débridé, et donnant pourtant l’impression de la « défonce » que l’affect requiert : une leçon que tout ténor désireux d’aborder Luigi devrait méditer. Même dignité de chant chez Franco Vassallo, qui dessine un Michele souple et enrobant ; des phrasés de belcantiste, conservant leur volupté jusque dans la haine : chapeau bas. Comprimari impeccables, même si la Frugola d’Anna Maria Chiuri déborde un peu côté vibrato. Seul regret : on aurait aimé que l’orchestre se hisse aux mêmes cimes ; il est certes honnête, mais Valerio Galli ne le pousse pas au bout des atmosphères d’eaux noires de la partition.


Chantal Cazaux