La Clémence de Titus

Mozart

le 24/08/2020

par Jean-Charles Hoffelé

Richard Croft (Tito), Alice Coote (Vitellia), Anna Stéphany (Sesto), Michèle Losier (Annio), Clive Bayley (Publio), The Glyndebourne Chorus, Orchestra of the Age of Enlightenment, dir. Robin Ticciati, mise en scène : Claus Guth (Glyndebourne 2017).
DVD Opus Arte OA1255D. Notice et synopsis en anglais. Distr. DistrArt Musique.

Drame des passions ou réflexion sur le pouvoir ? Claus Guth n’a pas tranché ; transposée aujourd’hui, sa Clemenza sera certes une fable politique, mais adieu Capitole, un marais vert d’eau en recueille les errements psychologiques et les passions exaltées, le tout encombré de ces doubles incarnations qu’il chérit tant, et complexifié par une noria de flashbacks.

On s’y perd un brin, mais si l’on se concentre sur le jeu des protagonistes le vocabulaire dramatique de Claus Guth impose sa puissance. Prenant parti, il refuse à Sesto d’être au centre de l’ouvrage ; sa Clemenza est bien celle de Titus : Richard Croft, de son ténor ardent, forgé à ceux aussi inhumains de Mithridate et d’Idoménée, s’empare de l’Imperator, ne faisant qu’une bouchée des périls vocaux pour mieux exposer la complexité psychologique de Titus : la caméra de François Roussillon n’en perd pas une miette.

Splendide, le Sesto d’Anna Stéphany, voix ambrée, mots ardents, peut évoquer sans pâlir les flamboiements de celui de Tatiana Troyanos, et son Annio, Michèle Losier, n’est pas en reste pour la passion comme pour l’élégie. Dommage : Vitellia est un peu hors des moyens d’Alice Coote : la vocalise lui manque, sinon le style et la pure beauté de l’instrument. Dommage surtout que pour soutenir un tel théâtre, Robin Ticciati fasse son orchestre si sec.


Jean-Charles Hoffelé