Cendrillon

Massenet

le 21/08/2020

par Jean-Charles Hoffelé

Kim-Lillian Strebel (Cendrillon), Anat Czarny (Le Prince Charmant), Katharina Melnikova (La Fée), Anja Jung (Madame de la Haltière), Juan Orozco (Pandolfe), Irina Jae Eun Park (Noémie), Silvia Regazzo (Dorothée), Jongsoo Yang (Le Roi), Chœur du Théâtre de Fribourg, Orchestre philharmonique de Fribourg-en-Brisgau, dir. Fabrice Bollon, mise en scène : Barbara Mundel et Olga Motta (Fribourg, 30 avril, 4 mai 2017).
BRD Naxos NBD0079V. Notice et synopsis en anglais et allemand. Distr. Outhere.

Insaisissable Cendrillon, où Massenet aura tissé ensemble rêves et cruautés, merveilleux et réalisme, glissant dans cette œuvre de pure fantaisie un de ses plus beaux orchestres tout entiers au service d’une écriture vocale brillante. Quel dommage que Barbara Mundel et Olga Motta aient enfermé le conte de Perrault dans l’univers du cirque, l’idée pouvait être séduisante mais elle enferre les personnages dans la caricature et dévoie une grande part de l’univers onirique si cher à Massenet. Littéralement, ce que l’œil voit ici n’est jamais ce que la musique montre, et la distanciation d’avec ce merveilleux sensuel va jusqu’à l’abandon même de la robe de bal dont Cendrillon ne se vêtira pas, allant chez le Prince le visage noir de suie : il devra aimer Cendrillon en souillon.

Le réalisme, même s’il propose une vraie relecture du personnage, fatigue et le spectateur et l’œuvre même de Massenet que Fabrice Bollon anime pourtant avec beaucoup d’art. Paille prévisible, le français si évocateur du livret d’Henri Cain est sacrifié par des chanteurs guère rompus à ses arcanes, à commencer par le Pandolfe impossible de Juan Orozco. Trop claire de timbre, Kim-Lillian Strebel ne peut se mesurer à Joyce DiDonato (ni même à Danielle de Niese dans la récente proposition de Fiona Shaw pour Glyndebourne, tout juste parue chez Opus Arte), surtout face au Prince Charmant bien chantant, au timbre autrement enveloppant d’Anat Czarny, qui refuse de jouer les travestis, si féminin d’allure, de geste, de timbre, au point qu’on pourrait croire à une relecture saphique du conte. Si vous voulez découvrir Cendrillon, tentez plutôt le spectacle parfait de Laurent Pelly édité chez Erato, où brille une distribution idéale jusque dans la Madame de la Haltière d’anthologie d’Ewa Podles.

Jean-Charles Hoffelé