Fête galante. The Happy Prince

Ethel Smyth / Liza Lehmann

le 21/08/2020

par Raphaëlle Blin

Fête galante, Ethel Smyth : Charmian Bedford (Columbine), Carolyn Dobbin (The Queen), Felix Kemp (Pierrot), Simon Wallfisch (The King), Mark Milhofer (The Lover), Alessandro Fisher (Harlequin), Lontano Ensemble, dir. Odaline de la Martinez (novembre 2018).
The Happy Prince, Liza Lehmann : Felicity Lott (récitante), Valerie Langfield (piano) (août 2019).
Retrospect Opera RO007, livret en anglais. Distr. Retrospect Opera.


Pour sa septième parution, la maison de disques Retrospect Opera, farouchement engagée dans la valorisation du patrimoine musical britannique des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, met à l’honneur deux compositrices anglaises : Ethel Smyth (1858-1944) et Liza Lehmann (1862-1918). Pour chacune, l’équipe artistique majoritairement féminine, cheffe comprise, a choisi d’enregistrer une œuvre vocale dramatique – respectivement, Fête galante en un acte, pour chanteurs solistes, chœur et ensemble instrumental, et The Happy Prince pour récitante et piano.

La première partition, dans un style purement néoclassique, s’inspire de la commedia dell’arte, en s’éloignant de la relecture anglaise du genre. Au cours d’une suite de danses baroques stylisées (sarabande, musette, etc.) et de danses folkloriques orchestrées avec légèreté, Ethel Smyth s’amuse de la superposition de trois niveaux narratifs : les aventures amoureuses de la reine des fêtes, les relations triangulaires des personnages de la tradition italienne et les rivalités des acteurs eux-mêmes, employés par le roi pour jouer la comédie. Malgré une apparente désinvolture proche de l’opérette, voire de la comédie dramatique, la narration prend un tour plus profond et l’œuvre se termine sur le suicide de Pierrot et une morale sévère.

Si l’œuvre est musicalement assez simple, au risque d’ennuyer, elle doit au moins être connue et écoutée en tant que témoignage historique. Cela est rendu possible grâce au très bon travail des interprètes. Parties vocales, orchestrales et direction sont parfaitement assurées avec, quand il le faut, un second degré qui manque peut-être dans la partition originale – le néoclassicisme d’Ethel Smyth est plus littéral que celui de Stravinsky dont il est contemporain.

En deuxième partie, Felicity Lott est la vedette du mélodrame de Liza Lehmann – un genre qui perdra définitivement son audience avec l’arrivée du film dans les années 1920. Si cette pièce d’une vingtaine de minutes ne s’écoute pas pour son intérêt musical, elle ouvre néanmoins des perspectives qui ne trouveront des échos que bien plus tard.

L’ensemble a le mérite de mettre en lumière les habitudes d’écoute d’un public anglais et américain du début du siècle dernier, en sortant des chemins battus. C’est aussi l’occasion de découvrir un genre original : le « Dance-Dream », qui évoque autant le chant et la danse que les arts graphiques ou picturaux, comme le voulait Ethel Smyth. L’hommage serait complet si ces œuvres existaient en version scénique, car les deux appellent l’imagination et l’interprétation d’une équipe de mise en scène.

 

Raphaëlle Blin