Cavalleria rusticana

Mascagni

le 27/05/2020

par Jean Cabourg

Melody Moore (Santuzza), Brian Jagde (Turiddu), Elisabetta Fiorillo (Lucia), Lester Lynch (Alfio), Roxana Constantinescu (Lola), Anna Rad-Markowska (Donna I), Manja Raschka (Donna II), Orchestre philharmonique de Dresde, Chœur de la MDR Radio Leipzig, dir. Marek Janowski.
Pentatone PTC 5186 772 (1 CD). Notice en anglais/allemand et livret trilingue (angl., all., it.). Distr. Pentatone.


Applaudi à Paris comme mozartien ouvert à Richard Strauss autant qu’à Wagner, Janowski, officiant ici dans la ville de Dresde encore habitée du souvenir de ce dernier, ne confond pas pour autant l’Etna et le Walhalla. Loin de noyer le discours mascagnien dans un maelström symphonique qui en gommerait les arêtes vives, le chef éclaire chacune des facettes du panorama vériste. Le drame sanglant de la jalousie taraudante se déroule ainsi sous les feux contrastés de la piété religieuse populaire, du pittoresque sicilien et des accès de fureur mortifères. Le prélude symphonique comme le célébrissime Intermezzo confirment l’excellence de la tenue orchestrale, égale d’ailleurs à celle des chœurs. On aimerait pouvoir louer aussi sincèrement le plateau réuni pour cette version de concert captée au Kulturpalast dresdois en mars 2019. Espoir vite douché par un Turridu aux inflexions de charretier, un Alfio charretier et demi, face à une Santuzza comme absente de la tragédie. Brian Jagde offre son plus mauvais profil, celui d’un ténor musclé à l’émission laryngée dans le passage de registres, et qui pousse la note en exhibant sans vergogne son vibrato large. Le baryton Lester Lynch, affligé du même vibrato, chante désespérément à côté des notes dès son air d’entrée sans vraiment se faire pardonner ensuite. Si bien que Melody Moore paraît un rien trop policée en Santuzza, laquelle exige certes la ligne de chant disciplinée et les aigus projetés dont elle la pare, mais aussi un bas médium ardent et une présence qui viennent hélas à se dérober. L’exercice du concert nous prive sans doute des influx dramatiques que cette belle artiste semble déployer en Senta wagnérienne comme en Amnéris outre-Atlantique. Les autres voix féminines ici réunies ne retiennent guère plus l’attention.

Une intégrale de grand chef, qui ne régale pas vraiment.

Jean Cabourg