Le Miracle supposé

Jan Stefani

le 21/05/2020

par Didier van Moere

Václav Čižek/Andrzej Seweryn (Bartłomiej), Lenka Cafourková/Danuta Stenka (Dorota), Natalia Rubiś/Anna Cieślak (Basia), Krystian Adam/Łukasz Lewandowski (Stach), Václav Čižek/Marcin Przybylski (Jonek), Jan Martiník/Krzysztof Banaszyk (Bryndas), Krystian Adam/Zbigniew Suszyński (Morgal), Václav Čižek/Robert Czebotar (Świstos), Tomás Král/Mariusz Bonaszewski (Bardos), Marcin Troński (Miechodmuch), Przemysław Wyszyński (Paweł), Joanna Pach-Żbikowska (Zośka, Druhna I), Anna Cieślak (Druhna II), Włodzimierz Press (Wawrzyniec), Cezary Kwieciński (Pastuch), Ewa Kania-Grochowska (Stara  Baba), Collegium Vocale 1704, Collegium 1704, dir. Václav Luks (enr. 2017-2018).
Institut Frédéric Chopin NIFCCD 080-081. Présentation et livret bilingues (pol., angl.). Distr. Institut Frédéric Chopin.

Basia, la fille du meunier Bartłomej, pourrait bien ne pas épouser son Stach : son père l’a promise au montagnard Bryndas et sa belle-mère Dorota s’est toquée du jeune homme, menaçant de faire échouer le mariage s’il ne lui cède pas. Le montagnard évincé se venge : ses compagnons volent le bétail des villageois. Mais Bardos, un étudiant de Cracovie rusé comme un renard, arrange tout.  C’est lui, aussi, qui opère le soi-disant miracle, au grand dam de l’organiste Miechodmuch : épouvantés par une décharge électrique, les montagnards s’empressent de rendre leur butin.

L’opéra s’achève ainsi sur un hymne à l’honnêteté, à la fidélité, à l’amour et à la concorde.  En 1794, au lendemain du deuxième partage de la Pologne, que le troisième allait rayer de la carte de l’Europe, cela signifiait quelque chose. Et l’œuvre nous montre que le pays avait été très perméable aux Lumières. C’est une sorte de comédie mêlée d’ariettes, où les dialogues excèdent les parties chantées, ce qui la rend peu accessible linguistiquement.

Le texte est de Wojciech Bogusławski, le fondateur du théâtre polonais, directeur du Théâtre national où a été créé ce Miracle supposé. La musique est de Jan Stefani, un Praguois assimilé, très intéressé par le folklore ; si Moniuszko est le père de l’opéra national polonais, Stefani est son ancêtre, à l’origine de tout un processus qui aboutira aux brigands szymanowskiens du ballet Harnasie, dont la musique, à l’inverse, exaltera la force primitive incarnée par les montagnards. Rien d’étonnant, par exemple, si on entend ici des rythmes de mazurka ou de polonaise. L’œuvre a aussi, parfois, un côté Enlèvement au sérail. Musicalement, rien d’impérissable, mais c’est historique.  

Clin d’œil à l’Histoire, c’est le Tchèque Václav Luks qui a gravé, à la Radio de Prague, les deux actes de Stefani, alors que les dialogues ont été enregistrés plus tard, par des acteurs, à la Radio de Varsovie. La direction ne manque ni de couleurs ni de finesses, évitant de surdimensionner la musique. Natalia Rubiś chante une jolie Basia, un peu pointue cependant, très préférable en tout cas à sa belle-mère, voix banche et courte. Le Stach de Krystian Adam a la fraîcheur de la jeunesse, le Jonak de Václav Čižek n’ayant rien à lui envier. Tomás Král campe un Bardos convaincant, même s’il manque un peu de relief. C’est d’ailleurs le reproche qu’on pourrait adresser à l’ensemble : il faut ici des chanteurs qui ne soient pas seulement chanteurs, mais aient une présence très caractérisée, comme celle des acteurs, excellents – parmi lesquels un certain Andrzej Seweryn.

Didier van Moere