The Fall of the House of Usher

Philip Glass

le 25/03/2020

par Raphaëlle Blin

Jonas Hacker (Roderick Usher), Ben Edquist (William), Matthew Adam Fleisher (le Serviteur), Nicholas Nestorak (le Médecin), Madison Leonard (Madeline Usher), Inscape Chamber Orchestra, dir. Joseph Li (2017).
OMM 0138 (2 CD). Livret et texte de présentation en anglais avec quelques photographies de la mise en scène de Septime Webre pour le Wolf Trap Opera. Distr. Socadisc.

 

Écrit en 1987, The Fall of the House of Usher (La Chute de la maison Usher en français) est l’un des très nombreux opéras de chambre du compositeur Philip Glass. Encore confidentielle en Europe, cette œuvre bénéficie depuis 2019 d’un enregistrement dédié de la compagnie américaine Wolf Trap Opera. Pour les passionnés de Philip Glass, cette version comblera les attentes. Pour les autres, les longueurs risquent de se faire rapidement sentir. On retrouve de façon caricaturale tous les tics musicaux du compositeur minimaliste : ostinati interminables, arpèges orchestraux massifs, accords tonaux omniprésents, orchestration par blocs, fortissimo monotone du début à la fin, rien ne manque.

Vocalement, l’équipe artistique est dominée par le ténor Jonas Hacker et le baryton Ben Edquist, dans les deux rôles principaux, Roderick Usher et William (les seuls sur scène en réalité) : leur diction est irréprochable et leur musicalité constante. Le choix de la basse Matthew Adam Fleisher pour le Serviteur du manoir est judicieux car son timbre parvient à donner froid dans le dos lors de sa seule intervention. Il est cependant regrettable que la version CD aplatisse les effets de distance entre les chanteurs et n’ait pas repensé une hiérarchie sonore : les interventions de la sœur de Roderick, qui se résument à de simples vocalises, couvrent systématiquement les paroles des autres personnages ainsi que la musique.

Toujours est-il que l’intérêt de la pièce en elle-même pose question. Le livret est construit à partir de la nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe, issue des Nouvelles histoires extraordinaires de 1839. Les modifications sont néanmoins nombreuses et nous ne pouvons que nous interroger sur leur validité : pourquoi rendre explicite ce que Poe avait si subtilement esquissé ? Les rapports entre Roderick et sa sœur jumelle deviennent vulgaires, là où tout n’était que sous-entendu par des symboles. La mort de Madeline Usher perd tout impact dramatique, puisqu’au lieu de s’éteindre dans des conditions troubles et mystérieuses, elle est ouvertement assassinée par un médecin ressemblant fort au charlatan des Contes d’Hoffmann ; ce même médecin qui, mutique dans la nouvelle, conseille sagement à l’ami William de fuir au plus vite la maison, dès la deuxième scène du drame. Enfin, la réécriture de la fin de la narration rend impossible la décharge d’horreur qui saisit à la gorge tout lecteur d’Edgar Allan Poe.

Mais surtout, comment créer une trame dramatique efficace à partir de la répétitivité musicale et d’un livret qui a fait perdre à l’œuvre originale beaucoup de son suspens ? Le défi est complexe à relever : au lieu de créer la tension, la succession des tableaux ne parvient qu’à renforcer des effets d’accumulation lassants, ce qui rend les climax déceptifs. Le traitement des lignes chantées n’évolue pas : constamment lyrique, dans le registre médium, l’écriture vocale n’aide pas non plus à la dramatisation (sauf le court accès de colère de Roderick dans le deuxième acte). À la dernière scène manque le frisson ; dans l’opéra, la maison Usher ne s’effondre pas.

 

Raphaëlle Blin