King Arthur

Purcell

le 04/03/2020

par Olivier Rouvière

The Gabrieli Consort & Players, dir. Paul McCreesh (2019).
Signum Records (2 CD). 1h38. Notice en anglais. Distr. UVM Distribution.

En 1995, au Châtelet, William Christie et Graham Vick tentaient une exhumation conjointe de la pièce de Dryden et de la « musique de scène » de Purcell, musique essentiellement composée de cinq masks à peu près indépendants de l’intrigue principale (les protagonistes de celle-ci n’intervenant pas dans ceux-là). McCreesh s’applique au contraire à conférer une certaine autonomie à la partition, en scrutant les diverses sources (non autographes, partielles et souvent tardives) et en en réordonnant les fragments. Les quelques déplacements que cela implique (le dialogue de He et She passe du cinquième au quatrième acte, par exemple) échapperont à la plupart des auditeurs, qui noteront surtout la suppression de l’air « Saint George », considéré comme apocryphe et de ce fait remplacé par une impressionnante New song tirée de Dioclesian.

On remarquera davantage le caractère chambriste de l’exécution : un orchestre d’une vingtaine de musiciens (dont six violons, quand Christie, par exemple, en convoquait le double) et un chœur composé des dix solistes. En dépit de sa légèreté, ce dernier s’avère remarquable, de clarté, de mordant, et même d’expression (« Brave souls » ; chanson des paysans) – nous rappelant que McCreesh est peut-être, avant tout, chef de chœur. Plutôt que chef lyrique : car orchestre et solistes apparaissent trop souvent bridés. Si l’équilibre entre les pupitres de cordes est patent dès les Ayres introductifs, leur jeu apparaît souvent distancié, voire distant, parant certains morceaux d’une aura fantomatique (prélude de l’acte II, accompagnement de « Fairest Isle ») mais refroidissant considérablement les autres. Tout l’intermède des bergers est ainsi globalement raté, faute de lyrisme, de chaleur, de sensualité, voire même, avancera-t-on, de simple « premier degré ». Pareillement, le chant perd élan et phrasé au profit d’une approche analytique, parfois pertinente (beau duo des sirènes), parfois mortifère (« How blest are shepherds », soporifique !). Le baryton Roderick Williams, insinuant Grimbald et frappant Éole, et la lumineuse soprano Carolyn Sampson résistent mieux à ce régime que l’autre soprano, une acide Rowan Pierce, et que les deux ténors, Jeremy Budd et James Way, virtuoses mais fort secs. Sur la durée, cette lecture excessivement précautionneuse, en dépit de moments d’éclat (lorsqu’interviennent les deux trompettes, notamment), finit par générer un ennui poli.

Olivier Rouvière