Orfeo ed Euridice

Gluck

le 20/11/2019

par Olivier Rouvière

Iestyn Davies (Orfeo), Sophie Bevan (Euridice), Rebecca Bottone (Amore), La Nuova Musica, dir. David Bates (2018).
Pentatone 5186 805 (1 CD). 1h28. Notice en anglais. Distr. Pentatone.

Eu égard à l’imposante discographie de l’Orfeo de Gluck (version 1762), on s’interroge sur l’opportunité de cette publication – dont le principal atout réside dans l’audible enchaînement des trois actes, permettant de loger l’œuvre sur un seul disque (de plus d’une heure vingt). Le contre-ténor anglais Iestyn Davies a certes joliment brillé dans nombre de seconds rôles (par exemple, celui de Creonte dans la Niobe de Steffani dirigée par Hengelbrock, ou celui de Daniel dans le Belshazzar de Haendel par les Arts Florissants). Mais aucun de ses albums en solo ne nous a jusqu’ici convaincu – et surtout pas son hommage à Guadagni (Hyperion, 2012) ! Le temps n’est plus où un falsettiste sans véritable registre grave et refusant le passage en voix de poitrine pouvait encore incarner le castrat ayant créé le rôle-titre d’Orfeo. Ajoutons que l’interprète reste fort modeste dans ses « intentions » et expressions, et que son italien est bien mou. Davies fait partie de ces chanteurs qui ont besoin d’un chef. Or, de chef, ici, il n’y en a guère…. Si le très neutre et prudent David Bates ne nous avait pas déplu dans Il pastor fido de Haendel (HM, 2012), il semble désormais se contenter de battre la mesure (les métronomiques danses de l’acte I, le solo de flûte - emprunté à la version de Paris -, totalement exsangue, un « Che puro ciel » privé de frémissement, de chair) et avoir exigé de son orchestre propret et scolaire une presque totale absence de coups d’archet. L’Eurydice sur-articulée de Sophie Bevan ne contribuant pas à l’italianità de l’entreprise, que reste-t-il ? Un chœur lumineux, très lisible, et, surtout, l’un des meilleurs Amour jamais entendus, campé avec verve et mordant (ornementation incluse) par Rebecca Bottone. Mais le rôle dure cinq minutes…

Olivier Rouvière