La Sirène

Auber

le 05/08/2019

par Alfred Caron

Jeanne Crousaud (Zerlina), Dorothée Lorthiois (Mathéa), Xavier Flabat (Scopetto), Jean-Noël Teyssier (Scipion), Jean-Fernand Setti (le duc de Popoli), Benjamin Mayenobe (Nicolaio Bolbaya), Jacques Calatayud (Pecchione). Choeur Les Métaboles, Orchestre Les Frivolités Parisiennes, dir. David Reiland (Compiègne, Théâtre Impérial, janvier 2018).
CD Naxos 8.660436. Notice en anglais. Distr. Outhere.


La musique d’Auber a beau posséder toute la séduction et le brillant que l’on attend dans le registre léger, il manque tout de même à cet enregistrement de La Sirène, opéra-comique de 1848, quelques bribes de dialogues pour donner une cohérence aux onze numéros musicaux de la partition (dont trois ont déjà été retranchés) et servir de repères dans une intrigue qui, pour être assez mince, n’en est pas moins compliquée et quasiment inracontable. La sirène du titre est plutôt une ondine puisque nous sommes dans les Abruzzes, bien loin de la mer. Elle est aussi la sœur du chef d'une bande de contrebandiers, Scopetto, qui se sert d’elle pour effrayer les voyageurs et égarer les recherches entreprises par les autorités. Son charme majeur réside dans une tessiture aiguë de colorature et l'on entend souvent ses vocalises en arrière-plan d'ensembles où elle est évidemment invisible. On remarque dans le livret quelques clins d’œil de Scribe à ses livrets antérieurs, notamment à La Juive dans le duo où Zerlina, la sirène, avoue à son frère son amour pour Scipion, l’officier de marine qui justement le recherche et qu’une vieille querelle de famille lui interdit d’épouser. Ce qui frappe dans la partition, c’est la façon dont les airs sont la plupart du temps intégrés dans des ensembles remarquablement construits, notamment dans les trois finales d'actes. L’influence rossinienne est pleinement assumée dans le style vocal et l'invention mélodique ne se dément jamais.

Captée à l’occasion de représentations à Compiègne en 2018, l’œuvre est défendue par une équipe de jeunes chanteurs français quasiment inconnus mais qui se révèlent tous parfaitement à la hauteur des exigences de cette partition pleine de caractère et de couleur "locale", à commencer par Jeanne Crousaud dans le rôle-titre dont les contre- sont de la plus belle eau, même si son duo lyrique de l'acte III laisse entendre quelques limites. Deux excellents ténors incarnent l'héroïque Scopetto, un rôle créé par Roger, le premier Faust de Berlioz, et le second plus lyrique de Scipion ; deux basses bien caractérisées Bolbaya, l'imprésario de l'Opéra de Naples à la recherche d'une prima donna et le duc de Popoli à la poursuite de Scopetto. Ils sont soutenus avec une parfaite élégance par les Frivolités Parisiennes qui donnent tout son relief à l’orchestration raffinée d’Auber. Malgré toutes ces qualités, on reste un peu frustré par cette proposition qui ne nous donne qu’une image incomplète d’une œuvre très originale, souvent considérée comme la meilleure du compositeur dans le registre léger. 

Alfred Caron