Madame Butterfly

Puccini

le 17/06/2019

par Alfred Caron

Daniela Dessì (Cio-Cio San), Fabio Armiliato (Pinkerton), Juan Pons (Sharpless), Rossana Rinaldi (Suzuki), Maria Cioppi (Kate Pinkerton), Luca Casalin (Goro), Marco Camastra (Yamadori, le Commissaire impérial), Riccardo Zanellato (le Bonze). Choeur et Orchestre Citta Lirica, dir. Placido Domingo ; mise en scène : Stefano Monti (Festival Torre de Lago Puccini, live 2004)
DVD Dynamic 33457. Distr. Outhere.

Pour célébrer en 2004 le centenaire de la création de Madame Butterfly, le festival Puccini de Torre del Lago avait mis les petits plats dans les grands et invité rien moins que Placido Domingo pour en diriger la nouvelle production. Pour être un chef occasionnel, le ténor n’en est pas moins un fin connaisseur de la partition de Puccini qu’il a beaucoup chantée, et il en donne une lecture inspirée, sensible, raffinée et puissamment dramatique à la tête d’un orchestre d’excellente tenue. La production, quant à elle, en offre une bien curieuse vision, au moins sur le plan esthétique. Dans un décor entièrement minéral dû à Arnaldo Pomodoro, un des grands noms de la sculpture contemporaine italienne, Stefano Monti, sans doute inspiré par le nom de l’héroïne, a transformé les personnages en de gros insectes, difficiles à identifier mais tous, à l’exception de Butterfly et de Pinkerton, pourvus d’antennes et habillés de costumes colorés inspirés d’un Japon archaïque ou de cuir noir et brillant pour les Occidentaux, qui ont tout l’air de sortir d’un film de Tim Burton. Cette iconographie de bande dessinée ou de livre pour enfants paraît quelque peu décalée pour cette terrible tragédie mais, passée la première surprise, ce qui aurait pu être carrément ridicule n’est finalement qu’un peu étrange et se fait quasiment oublier grâce à la qualité de la distribution et à une direction d’acteurs des plus classiques.

Daniela Dessì domine le plateau, de sa grande voix de lirico-spinto aux accents "callassiens" et de sa stature de tragédienne. Malgré un vibrato un peu marqué dans la partie la plus aiguë de la tessiture, elle reste toujours très nuancée, musicale et expressive dans le lyrisme comme dans le drame, se révélant une très grande Butterfly. Autour d’elle, la distribution, sans être exceptionnelle, tient largement la distance, du Pinkerton sobre et bien chantant de Fabio Armiliato (son partenaire de toute une vie) à la Suzuki juvénile de Rossana Rinaldi, en passant par le solide Sharpless de Juan Pons. D’excellents seconds plans spécialistes des petits rôles comme on en trouve souvent dans les distributions des théâtres italiens - notamment le Goro de Luca Casalin et le Yamadori de Marco Camastra - apportent chacun leur touche de vérité à un spectacle de bonne tenue qui, malgré le luxe des costumes et son « concept » recherché, reste essentiellement provincial et vaut surtout pour la cohérence de son plateau et le témoignage sur l'art d'une grande chanteuse récemment disparue.

Alfred Caron