Attila

Verdi

le 16/05/2019

par Chantal Cazaux

Ildebrando D’Arcangelo (Attila), Simone Piazzola (Ezio), Maria José Siri (Odabella), Fabio Sartori (Foresto), Gianluca Floris (Uldino), Antonio di Matteo (Leone), Chœur et Orchestre du Teatro Comunale, dir. Michele Mariotti, mise en scène : Daniele Abbado (Bologne, 2016).
C Major 478708. Notice et synopsis trilingues (angl., all., franç.). Distr. DistrArt.

La vidéographie d’Attila (Venise, 1846) n’a pas encore trouvé sa référence absolue : Milan 1991 (Muti/Savary, Brilliant Classics) brille par sa distribution plus que par son théâtre, et Busseto 2010 (Battistoni/Maestrini, Cmajor déjà) est certes singulier, dans sa vision très heroic fantasy, mais pas non plus renversant.

À Bologne, en 2016, un certain équilibre est atteint. La régie de Daniele Abbado assume une belle austérité, entre décors de grisaille et costumes au grain naturel ; aucun artifice technologique ou accessoire superflu, tout est dans une atmosphère de lamento visuel plutôt bien rendu, que certains interprètes habités parviennent à incarner de façon juste.

De son timbre ici plus charbonneux que mordant, D’Arcangelo compose un Attila très humain, moins aisé dans la subtilité que dans la vindicte ou la déploration mais physiquement crédible et même magnétique ; l’apparition en Vieux Romain d’un Antonio di Matteo qui lui ressemble incroyablement, de timbre comme de traits, apporte une ambiguïté intéressante et crée un effet d’autant plus frappant grâce à la caméra. L’Ezio très probe de Simone Piazzola tient le niveau de cet Attila mâle et noir. Sartori ose flûter les aigus piano demandés par Verdi, mais son timbre est ici bien plus gris qu’à l’habitude, et ses sanglots usuels toujours trop présents. Quant à Maria José Siri, elle serait bien inspirée de se découvrir des graves pour servir le rôle d’Odabella : sa première intervention, où aucun son de poitrine ne veut sortir, laisse pantois, et la suite accuse le fossé entre un registre aigu brillant (voire acide) et un bas-médium insuffisant. Uldino effroyablement nasal et pincé – et, finalement, un bilan en demi-teinte : on attend toujours le grand Attila vidéographique.

C. Cazaux