La Damnation de Faust

Berlioz

le 06/05/2019

par Didier Van Moere

Bryan Hymel (Faust), Karen Cargill (Marguerite), Christopher Purves (Méphistophélès), Gabor Bretz (Brander). London Symphony Chorus, Guildhall School Singers, London Symphony Orchestra, dir. Sir Simon Rattle (live concert, Londres, 17 & 19 sept. 2018).
LSO 0809 (2 SACD). Notice et synopsis trilingues (angl., fr., all.) de David Cairns, livret bilingue (fr., angl.). Distr. Harmonia Mundi.


Grand Dieu, quel orchestre ! Un des plus beaux, à coup sûr, de toute la discographie de La Damnation de Faust. Les timbales déchaînées de la Taverne d’Auerbach, la légèreté aérienne du Ballet de sylphes, le pétillement des flûtes du « Presto leggiero » du Menuet des follets, la profondeur des cordes graves dans « Nature immense », le fini instrumental de la Course à l’abîme… Ajoutez à cela un superbe chœur : que demander de plus que cette plasticité capiteuse de la pâte sonore ? L’élan, le souffle, la tension – sans reposer l’éternelle question de la théâtralité de La Damnation, souvenons-nous que la « légende » est « dramatique ».  Au lieu de regarder devant lui, Sir Simon s’attarde aux détails, les cisèle et les raffine, parfois même languit, un défaut qui d’ailleurs touche sa façon de diriger la musique symphonique.  La Course à l’abîme, par exemple, ne crée aucun effroi. Or il faudrait porter des chanteurs dont aucun ne satisfait vraiment. Bryan Hymel, à ses débuts, eût fait un très beau Faust : aujourd’hui, il pousse et pleure ses notes, assez nasal de timbre, chantant tout avec indifférence. Reste l’articulation, pas moins bonne chez Christopher Purves remplaçant Gerald Finley, honnête diable mais bien peu sardonique, plutôt grand frère indulgent que démon pervers – d’autant plus, peut-être, qu’il choisit en général les variantes aiguës. Karen Cargill ? On aimerait sans doute sa Marguerite si elle ne trémulait pas. Bref, ce concert des Prom’s ne marquera pas l’année Berlioz. Attendons les CD du concert strasbourgeois que vient de diriger John Nelson. Pour l’heure, discographie inchangée, avec une dizaine de versions marquantes.

Didier Van Moere