Veronica Simeoni (Léonor de Guzman), Celso Albelo (Fernand), Mattia Olivieri (Alphonse XI), Ugo Guagliardo (Balthazar), Manuel Amati (Don Gaspar), Francesca Longari (Inès), Leonardo Sgroi (un Seigneur), Orchestre et Chœur du Mai musical de Florence, dir. Fabio Luisi, mise en scène : Ariel Garcia-Valdés (Florence, Opéra, février 2018).
DVD Dynamic 747408. Notice et synopsis en ital., angl. Distr. Outhere.


La production d’Ariel Garcia-Valdés ne vous dira rien que vous ne sachiez sur La Favorite : on peut en aimer le décor minimaliste, quasi abstrait, y apprécier quelques jolis éclairages, mais la direction d’acteurs respire une convention dépassée aujourd’hui. Certes le novice pourra suivre aisément l’histoire… Sinon, simultanément/parallèlement paru comme toujours chez Dynamic, le CD peut suffire. Reste donc la musique. Fabio Luisi propose de la partition une lecture assez intimiste, peu prompte à exalter les pompes du grand opéra, pleine de finesse et de couleurs, qui rend justice à l’orchestre de Donizetti – cela vaut aussi bien pour les moqueries des courtisans que pour la paix du couvent. La tension, du coup, se relâche parfois, surtout quand la baguette traîne. Le chef, au fond, reste fidèle à lui-même : tel il était à Martina Franca en 1989 (version italienne, Nuova Era).

Si la distribution pèche par l’exotisme de l’accent, comme souvent, les chanteurs se signalent par une articulation très honorable – passons cependant sur l’impossible Don Gaspar de Manuel Amati. Veronica Simeoni campe une Léonor honnête et attachante, mais la voix reste trop courte pour le rôle, montrant ses limites dans le grand air du troisième acte. Même si le timbre accuse un rien de nasalité, Celso Albelo, en revanche, chante Fernand comme il doit l’être, avec une maîtrise parfaite des registres, un dosage impeccable de la vaillance et de la douceur, une grande élégance de phrasé. Son rival est l’Alphonse juvénile et pas encore assez royal de Mattia Olivieri, déjà très stylé en tout cas, attaché à toutes les nuances de sa partie – « Pour tant d’amour ne soyez pas ingrate », par exemple. L’autorité, néanmoins, fait surtout défaut à Balthazar, un Ugo Guagliardo dont les bonnes intentions ne peuvent dissimuler un manque de puissance et de profondeur pour l’homme de Dieu lançant l’anathème.

Les Favorite françaises n’étant ni légion ni anthologiques, celle-ci présente en tout cas assez d’homogénéité pour retenir l’attention et vaut bien la version munichoise, trop hétérogène, de Marcello Viotti. On attend toujours que l’école française d’aujourd’hui prenne le relais.   

Didier Van Moere