Die Hochzeit des Camacho

Mendelssohn

le 05/03/2019

par Louis Bilodeau

Rosmarie Hofmann (Quiteria), Scot Weir (Basilio), Andrea Ulbrich (Lucinda), Huw Rhys (Vivaldo), Nico van der Meel (Camacho), Waldemar Wild (Carrasco), Urban Malmberg (Sancho Pança), Ulrik Cold (Don Quichotte). Anima Eterna, dir. Jos van Immerseel (1992).
CD Channel Classics CCS 5593 (2 CD). Notices et livret en allemand, français et anglais. Distr. DistrArt Musique.


Des huit projets d'opéras aboutis ou inachevés auxquels travailla Mendelssohn, seul ce Mariage de Camacho (Die Hochzeit des Camacho) eut les honneurs d'une création publique. C'était le 29 avril 1827, au Schauspielhaus (actuel Konzerthaus) de Berlin, dans le théâtre inauguré six ans plus tôt avec la première triomphale du Freischütz. L'influence de Weber est évidente chez le jeune musicien qui s'attela à la composition de son opéra pendant l'été 1824, soit à l'âge de quinze ans. Mozart, Beethoven et la Jessonda (1823) de Louis Spohr ont aussi très clairement marqué l'écriture de Mendelssohn, qui se situe ici très en deçà de son premier chef-d'œuvre, le célèbre octuor pour cordes op. 20, achevé quelques semaines après Le Mariage de Camacho, en 1825. On rechercherait également en vain dans cette partition l'élan enfiévré et les rutilantes couleurs orchestrales de l'Ouverture pour Le Songe d'une nuit d'été, composée un an plus tard. Car l'accent dramatique est ce qui fait le plus défaut à cet ouvrage d'une facture honnête et souvent habile, mais qui ne parvient jamais à susciter un véritable intérêt. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Spontini, alors directeur général de la musique à Berlin, exigea des modifications et repoussa la création pendant plus d'un an et demi. La seule et unique représentation s'avéra d'ailleurs désastreuse...

Sur un livret probablement écrit par Friedrich Voigt, Mendelssohn a composé dix-huit numéros qui réservent une grande place aux ensembles et aux chœurs. Parmi les moments forts, on remarque le finale du premier acte, d'une durée de vingt minutes, un charmant boléro et un énergique fandango au second acte. Inspirée de Cervantès, l'intrigue présente les amours contrariées de Basilio et de Quiteria, fille du fermier Carrasco. Alors que Quiteria est sur le point d'épouser contre son gré le riche propriétaire terrien Camacho, Basilio fait irruption au milieu de la noce et feint de se poignarder. Le croyant à l'article de la mort, Camacho lui accorde une dernière faveur en le laissant se marier avec Quiteria. Une fois la supercherie découverte, Don Quichotte, tel un deus ex machina, réconcilie tous les personnages et rend possible un heureux dénouement.

Enregistrée à Anvers en septembre 1992, cette version bénéficie de la direction alerte de Jos van Immerseel, qui confère beaucoup de tonus à son orchestre Anima Eterna. Contrairement à Bernhard Klee, à la tête du RIAS-Symphonie-Orchester de Berlin (Schwann, 1988), Immerseel dirige des instruments anciens, ce qui constitue un excellent choix dans ce répertoire. Les chanteurs offrent moins de satisfaction en raison de formats vocaux modestes et d'un manque d'engagement dramatique. Tel est le cas de Rosmarie Hofmann, dont le timbre frais convient à Quiteria, mais qui ne parvient pas à bien caractériser son personnage. La même remarque s'applique au second couple d'amoureux (Lucinda et Vivaldo), dont Andrea Ulbrich et Huw Rhys offrent des portraits assez ternes. Si les Camacho de Nico van der Meel et Sancho Pança d'Urban Malmberg ne laissent guère de souvenir, le solide ténor américain Scot Weir est une belle surprise en Basilio fier et ardent. Ulrik Cold mérite aussi une mention pour son Don Quichotte truculent. Au total, ce coffret vaut d'abord pour la qualité de son interprétation instrumentale et s'adresse en premier lieu aux passionnés de l'opéra romantique allemand.

Louis Bilodeau