Orphée et Eurydice

Gluck

le 19/02/2019

par Jean-Charles Hoffelé

Juan Diego Flórez (Orphée), Christiane Karg (Euridice), Fatma Said (L’Amour), Hofesh Shechter Company, Coro e Orchestra del Teatro alla Scala, dir. Michele Mariotti, mise en scène : John Fulljames et Hofesh Shechter (Milan, mars 2018).
DVD Belvedere 08052. Distr. Outhere.

Voici dix ans, Juan Diego Flórez osait pour Decca, sous la baguette impeccable de Jesús López-Cobos, son premier Orphée français, aigus clairs, phonation haute, résonateurs conquérants, un ténor ? Ou plutôt un fantasme de haute-contre ? Le disque avait justement fait sensation. L’an passé, la Scala affichait enfin cet Orphée de Paris mais avec les retouches de Berlioz, sans risque de total dépaysement pour un public qui y avait entendu toujours la version Viardot défendue par des mezzos maison et donc chantant dans la langue de Manzoni. La direction très romantique, avec sfumato, rubato, est assez admirable tout au long de l’acte I, elle respire avec son Orphée. Cela reste assez touchant tant que l’aède est dans la lamentation ou dans la conquête - « L’Espoir renaît dans mon âme » expose pourtant ce médium qui se serre et une vocalise mécanique- mais ne tient plus lorsqu’on est aux Enfers : dix ans ont passé, le ténor solaire de Flórez s’est terni, sa vaillance s’est engorgée, les registres se sont désunis, le gris menace partout, hélas ! rançon de ses récents (et pourtant admirables) Werther ? Les chœurs brouillons, au français peu reconnaissable, achèvent de ruiner ce qui doit faire un grand Orphée : le combat avec les ombres, le dédain du Léthé, l’art de charmer par le chant ont ici simplement disparus. Il faut avouer que le spectacle n’aide pas : venu du Royal Opera House où il fut créé en 2015, encombré par un orchestre en centre de scène qui s’élèvera sur une galerie pour les Enfers, avec son Orphée en costume trois pièces petit-bourgeois, sa direction d’acteurs sommaire que voudraient faire oublier les ballets « tribaux » mais d’abord hideux de Hofesh Shechter (on regrette soudain que la version parisienne donne tant à danser), dans les décors sobres et chics de Conor Murphy, tout désigne une vraie occasion manquée.


Jean-Charles Hoffelé