Le Devin du village

Rousseau

le 03/01/2019

Révérence

par Jean-Charles Hoffelé

Caroline Mutel (Colette), Cyrille Dubois (Colin), Frédéric Caton (Le Devin), Les Nouveaux Caractères, dir. Sébastien d’Hérin. Mise en scène Caroline Mutel (Versailles, 1er et 2 Juillet 2017).
Château de Versailles Spectacles CVS004 (1 CD et 1 DVD). Distr. Outhere.


Le Devin du village revient à Versailles, et au Théâtre de la Reine du Petit Trianon où Marie-Antoinette chanta Colette un soir de septembre 1780, entourée de son cercle d’intimes épris de bergeries et versés dans ce rousseauisme qui allait coûter la vie à la souveraine et à l’Ancien Régime.

Caroline Mutel reprend le rôle de la reine, campant une jolie Colette, sans plus (il ne faut pas se souvenir de la fraîcheur et des charmes déployés par Danielle Borst dans l’ancienne gravure genevoise de Robert Dunand que Sony ferait bien de rééditer, elle avait ses qualités dont le meilleur Devin : Philippe Huttenlocher), et règle aussi le spectacle de pure convention soumis aux décors d’époque (ils ont survécu !), une reconstitution impeccable qui n’amoindrit pas la pastorale. On n’aura d’yeux que pour Colin, Cyrille Dubois raffinant son chant au-delà du dicible et jouant presto, avec une intelligence des situations, un brio naturel et un respect des ornements et des nuances notées par Rousseau qui servent la finesse de l’œuvre.

Lorsque l’œil n’est plus sollicité, en écoutant seulement le CD, la vivacité de l’ensemble, la réactivité mobile et la poésie de la direction de Sébastien d’Hérin, surtout les couleurs des instruments des Caractères livrent enfin le vaudeville comme le divertissement final dans leur vraies harmonies : le tableau s’anime, le vernis craque, les personnages paraissent, et tant pis si le tout est un peu boulé, déstabilisant Frédéric Caton dans son ariette ou troublant le petit chœur : la meilleure version historiquement informée d’une œuvre à l’importance considérable et toujours un peu mise de côté nous est enfin offerte, alternative éclairante à la gravure princeps voulue par Henri Screpel pour les Discophiles Français où Louis de Froment alignait un trio exemplaire mais désormais daté : Janine Micheau, Nicolai Gedda et Michel Roux.

Jean-Charles Hoffelé