La Loreley

Bruch

le 03/01/2019

par Jean-Charles Hoffelé

Michaela Kaune (Lenore, la Loreley), Magdalena Hinterdobler (Bertha), Thomas Mohr (Pfalzgraf Otto), Danae Kontora (Winzerin), Benedikt Eder (Leupold), Jan-Hendrik Rootering (Reinald), Thomas Hamberger (l’Archevêque de Mayence), Sebastian Campione (Hubert), Chœur Philharmonique de Prague, Orchestre de la Radio de Munich, dir. Stefan Blunier (Munich, 23 novembre 2014)
CPO 777005-2 (3CD). Distr. Distrart Musique.


Cette Loreley fut le coup de théâtre par lequel Max Bruch, vingt-cinq ans, entendait se faire un nom. L’ouvrage créé à Mannheim le 14 avril 1863 retint l’attention des musiciens et des critiques, si ce n’est celle d’un public conquis par l’omniprésence de Wagner ; l’orchestre regardant plus vers Marschner ou Weber, le ton plus poétique qu’épique rappelant les Scènes de Faust de Schumann, charmèrent Mahler qui reprit l’œuvre à Stuttgart en 1887, Hans Pfitzner lui assurant une certaine postérité durant les années vingt du siècle suivant.

Max Bruch y poursuivait cet opéra romantique allemand idéal, enclin à un certain esprit de conte, illustré par Weber et Humperdinck, une impasse à vrai dire. Dix années plus tard, Hermione, tirée du Conte d’Hiver de Shakespeare, sera son seul autre opéra, prélude aux grands oratorios qui firent sa renommée et dont les structures narratives si percutantes manquent cruellement à cette Loreley. Mais que la musique en est belle, pétrie d’influences schumanniennes, ignorant l’emprise wagnérienne, proclamant la légende rhénane dans des couleurs tour à tour lyriques ou dramatiques, mais ne trouvant l’urgence du théâtre que par éclipses.

Dommage, car la luxueuse distribution assemblée pour cette résurrection par la Radio de Munich sert au mieux l’ouvrage : Michaela Kaune, Lenore troublante et tragique, Thomas Mohr, Otto héroïque qui enlève ses aigus non sans effet, Danae Kontora, Winzerin subtile, sans oublier ce vrai personnage qu’est ici le chœur, tous soignant leurs incarnations grâce à la direction sensible de Stefan Blunier. Seule paille, le Reinald en voix et en justesse défaites de Jan-Hendrik Rootering, mais il ne doit pas vous empêcher de suivre le destin de Lenore.

Jean-Charles Hoffelé