King Arthur

Purcell

le 02/01/2019

par Olivier Rouvière

Zsuzsi Tóth, Sophie Junker, Caroline Weynants, Stefanie True, Daniel Elgersma, Jan Kullmann, David Feldman, Robert Buckland, Olivier Berten, David Lee, Lionel Meunier, Sebastian Myrus, Jon Stainsby, ensemble Vox Luminis, dir. Lionel Meunier.
Alpha 0000430ALPHA (2 CD). Notice en français, anglais et allemand. Livret en anglais et français. 2018. Distr. Outhere.

Créé en 2004 mais surtout remarqué, en 2017, pour un coffret consacré aux musiques de la Réforme luthérienne (« Ein feste Burg », Ricercar), l'ensemble belge Vox Luminis, qui enregistre beaucoup, nous avait récemment déçu dans l'Actus tragicus ou le Magnificat de Bach et, surtout, dans le Dixit Dominus de Haendel (tous trois chez Alpha). En cause, un manque flagrant de théâtralité, d'ampleur sonore et de vigueur dans des pages qui ne réclament pas seulement transparence et tact. Ces défauts n'ont certes pas disparu dans la présente lecture du semi-opéra de Purcell et on déplore la mollesse de la célébration païenne de l'Acte I, l'absence d'élasticité dans la scène de Philidel (écoutez Gardiner !), le caractère scolaire de l'épisode pastoral et la timidité des festivités guerrières de l'Acte V. Même la chanson des paysans ivres, au cours de laquelle les interprètes se déboutonnent un peu, sonne appliquée et Lionel Meunier - probablement le principal responsable de cette placidité - n'a manifestement pas le sens du dialogue dramatique (« She & He »). En revanche, la beauté naïve des sonorités et la pureté du contrepoint nous valent de ravissantes vignettes : douceur magique de l'ouverture (au mouvement central mystérieux et aux percussions bien dosées), équilibre des couleurs et timbres dans la passacaille de l'Acte IV, superbe effet de « creux » dans l'attaque, si légère, de l'air du froid. Ce tableau apparaît d'ailleurs le plus réussi, grâce à la présence de la soprano Sophie Junker, Cupidon idéalement gouailleur. Elle entonne plus loin, avec un égal bonheur, l'hymne à Saint George mais laisse malheureusement place à une Zsuzsi Tóth affreusement droite dans l'ineffable « Fairest Isle ». A l'instar de cette dernière interprète, les autres voix peinent à s'imposer comme solistes (surtout en ce qui concerne les hauts registres). En somme, une version « de chambre » (quatorze voix, dix-sept instruments) agréable, assez aboutie d'un point de vue instrumental, mais qui ne bousculera pas les « références » (Gardiner, Deller, Christie).

Olivier Rouvière