Macbeth

Verdi

le 12/11/2018

par Chantal Cazaux

Giovanni Meoni (Macbeth), Nadja Michael (Lady Macbeth), Fabrizio Beggi (Banco), Giuseppe Valentino Buzza (Macduff), Marco Ciaponi (Malcolm), Valentina Marghinotti (Suivante de Lady Macbeth), Federico Benetti (un Médecin, un Serviteur), Podlasie Opera and Philharmonic Choir, Europa Galante, dir. Fabio Biondi (enreg. 17-21 août 2017 en concert, Teatr Wielki de Varsovie).

CD Glossa GCD 923411. Notice et synopsis trilingues (angl., franç., all.). Livret bilingue (ital., angl.). Distr. Harmonia Mundi.

Verdi voulait pour Lady Macbeth une voix « laide ». Certes. Mais sans doute pas une voix risible. Nadja Michael, dont on avait souffert mémorablement la Médée, prouve une fois de plus que les voies de la carrière sont impénétrables : vibrato hululant, justesse en permanent défaut – mais notre époque la qualifiera sans doute de « décomplexée »… –, soutien en déperdition, bas-médium évaporé, graves caverneux, refus d’obstacle devant tous les aigus (c’est-à-dire : arrêt brutal et silence anxieux avant de sauter, en dépit du bon sens et des phrasés), respirations inopportunes, traits savonnés, incapacité absolue à articuler proprement une vocalise (et c’est la version 1847, avec « Trionfai », dont le fiorito et les acciaccature sont péniblement transformés en petits couinements…). Si ce n’était à pleurer, on tiendrait là le meilleur album pour soirées entre potes depuis la compilation des grands moments de Florence Foster Jenkins. Seulement voilà : c’est sérieux, c’est Verdi, c’est professionnel, et on le commercialise. Léger hic.

Aux côtés de cette Lady Macbeth terrifiante pour les mauvaises raisons, son époux fait pâle figure de la même façon biaisée : chantant souvent bas lui aussi, timbre éteint, il disparaît complètement derrière la voix plus impressionnante de son Banco, lequel chante hélas assez droit. Fabio Biondi mène ici Europa Galante d’une baguette trop hâtive, qui ne prend le temps ni des atmosphères, ni des changements de couleurs ; dommage, car la phalange fait preuve d’une belle incisivité et d’une grande vivacité. Même honnêteté chez les chœurs du Podlasie Opera de Bialystok, très propres – voire trop pour les Sorcières, chez qui on aimerait plus de relief et d’accrocs. Mais on imagine les pensées songeuses de la moindre soprano du rang devant la vedette ayant ici position de prima donna

En concert, comme ici au Festival « Chopin and His Europe » de 2017 (Varsovie), tout cela peut certes, hélas, arriver. Mais l’éditer ?

Chantal Cazaux.