Adelson e Salvini

Bellini

le 07/11/2018

par Jean Cabourg

Cecilia Molinari (Nelly), Sara Rocchi (Fanny), Giovanna Lanza (Madama Rivers), Merto Sungu (Salvini), Rodion Pogossov (Adelson), Baurzhan Anderzhanov (Struley), Clemente Antonio Daliotti (Bonifacio), Enrico Marchesini (Geronio), Orchestre Symphonique G. Rossini et chœur des Marches V. Bellini, dir. José Miguel Pérez-Sierra, mise en scène Roberto Recchia (Jesi, 2016).
DVD Bongiovanni AB 20036 (1 DVD). Notice et synopsis en italien, traduction anglaise. Distr. DOM.


Dans le sillage du CD Opera Rara issu d'un concert de 2017 (voir notre compte rendu), Bongiovanni propose une version scénique du premier opéra bellinien captée en amont au festival de Jesi. L'imbroglio de cet opera semiseria ressort-il plus lisible pour autant ? Rien n'est moins sûr, aucun texte en français n'étant ici proposé afin d'éclairer quelque peu les méandres du livret, en l'absence de sous-titres autres... qu'anglais ! Pour votre gouverne, sachez donc que si Adelson aime Nelly, convoitée par Salvini, lui-même aimé de Fanny, Struley, oncle de ladite Nelly, veut pour sa part enlever cette dernière afin de se venger de la famille Adelson qui naguère a proscrit sa famille ! Le tout en Irlande au XVIIe siècle, Lord Adelson abritant sous son toit son ami (et rival en amour), le peintre italien Salvini, alors que son ennemi Struley, noble exilé, nourrit les plus noirs desseins. Qu'on se rassure : le lieto fine fera triompher les élans amoureux sur la violence hyperbolique des haines recuites, des suicides avortés et autres péripéties incendiaires ! Salvini étant maître dans le maniement des pinceaux, le metteur en scène rythme cette action débridée au gré d'une succession de toiles peintes coulissantes, dont les personnages semblent venir s'incarner sur scène. Arrêts sur image et lumières savamment orchestrées flattent leurs atours, dessinés par Catherine Buyse Dian à qui l'on doit les costumes de la série télévisée The Young Pope. Le maestro Pérez-Sierra s'efforce de dégourdir les cordes de son orchestre tout en ménageant celles de ses chanteurs. Seul protagoniste exposé aux roulades d'une écriture néo-rossinienne, Salvini épanche ses tourments amoureux d'une voix timbrée mais rétive à la coloratura, aussi peu convaincant que son collègue Scala dans la version CD évoquée supra. Le timbre profus et la ligne entêtante de Cecilia Molinari sont en revanche d'une belle plasticité et justifient les ardeurs de ses prédateurs, Adelson avec sobriété, Struley non sans hargne. Autour personne ne démérite, Bonifacio syllabisant son discours dans la meilleure veine bouffe. Nos trois cœurs connotent toutefois la rareté de la chose plus que l'exemplarité de l'interprétation. Pour le reste, qu'on se rappelle la boutade de Claudel : « C'est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau (...) et c'est ce que vous ne trouverez pas amusant qui est le plus drôle ! »

Jean Cabourg.