Die Wahrheit der Natur

Michael Haydn

le 24/10/2018

par Olivier Rouvière

Maximilian Kiener (Mentor), Armin Gramer (Die Natur), Lina Ferencz (Aglaia), Nele Gramß (Euphrosina), Diana Plasse (Thalia), Virgil Hartinger (Herr Vollstreich), Markus Miesenberger (Herr von Wurmstich), Salzburger Hofmusik, dir. Wolfgang Brunner.
CD CPO 555 032-2 (1 CD). 2015. 80’. Notice en anglais, allemand. Distr. DistrArt Musique.

De cinq ans le cadet du plus célèbre Joseph, Michael Haydn (1737-1806), qui précéda Mozart au poste de maître de chapelle de l’archevêque Colloredo à Salzbourg, et fut le professeur de Diabelli comme de Weber, a lui aussi laissé un important legs musical (dont une quarantaine de symphonies), encore peu exploré. Voici une raison suffisante pour prêter une oreille attentive à ce disque, quand bien même il s’achèverait par une mise en pièces féroce de… la critique musicale : « ne faites pas attention aux critiques : là où s’exprime la Nature, il n’y a rien à redire ! », clame le chœur final. Composé à l’occasion d’une inspection académique, le singspiel La Vérité de la Nature (1769) se fait l’écho des récentes théories de Rousseau, débattues par une série de personnages allégoriques (la Nature elle-même), mythologiques (Mentor, le précepteur de Télémaque ; la muse Thalie) ou bouffes (les rôles humains, dont l’un porte le patronyme de « Véreux »). La partition, qui devait être jouée par des élèves (tous masculins), ne réclame pas de grands prodiges vocaux et exclut notamment sopranos aiguës et basses profondes, ce qu’elle compense par un charme constant et un caractère spirituel affirmé dès l’ouverture : sa vive inspiration mélodique et sa ravissante orchestration, qui se souvient de Hasse (goût des cors, flûtes et pizzicatos), culminent dans un merveilleux « Sommeil » pour Mentor — stylistiquement proche du Paride ed Elena que Gluck compose au même moment —, un délicieux Andante rococo et une aria di sdegno que la Nature adresse aux puissants de ce monde. À son habitude, Wolfgang Brunner, parfaitement secondé par sa Salzburger Hofmusik d’une vingtaine de musiciens, penche pour une interprétation colorée et expressive, accentuant à plaisir les chromatismes plaintifs et vocalises parodiques mis dans la bouche du balourd Vollstreich. Cette priorité donnée à l’expression fait passer le bel canto au second plan : est-ce pour imiter des enfants qu’Aglaé et Euphrosyne chantent si affreusement mal, dans leur duo d’entrée ? Les voix sont dans l’ensemble petites et médiocres, même si Kiener (ténor gracieux mais sans graves), Gramer (contre-ténor lui aussi dépourvu de bas registre) et Hartinger (ténor bouffe) font le job. Mais l’esprit de l’œuvre, mêlant pastiche baroque et sensibilité romantique, apparaît parfaitement respecté (notons que les dialogues parlés et les trop nombreuses reprises des chants strophiques ont été coupés).

Olivier Rouvière.