La serva padrona / Il servo padrone

Giovanni Battista Pergolesi / Aldo Tarabella

le 23/10/2018

par Olivier Rouvière

Erika Liuzzi (Serpina), Donato Di Gioia (Uberto, Vespone), Paolo Pecchioli (Uberto), Orchestra Vincenzo Galilei, dir. Flavio Emilio Scogna.
Brilliant Classics 95360 (2 CD). 2017. 80’. Notice en anglais, italien. Distr. UVM Distribution.


Œuvre célébrissime et emblématique qui passe pour avoir provoqué la Querelle des Bouffons vingt ans après sa composition, La Servante maîtresse (1733) de Pergolèse n’a pas eu de chance au disque : seuls quelques-uns des nombreux enregistrements existants méritent qu’on s’y arrête (citons ceux de Giulini, Fasano, Ros-Marba et, surtout, Bezzina), sans qu’il nous soit encore possible d’en proposer une version de référence. La dernière venue est plutôt anecdotique, malgré son recours à l’édition critique de Francesco Degrada (2004) : ensemble instrumental traditionnel (celui de l’École musicale de Fiesole), chanteurs scolaires et à la technique imparfaite, direction dépourvue de caractère, à quelques exceptions près (le second air de Serpina, émouvant). Nous n’aurions donc même pas commenté cette parution, n’était le complément de programme proposé sur le second CD : un pendant contemporain à l’intermezzo napolitain, intitulé Le Serviteur patron, dû à Valerio Valoriani (livret) et Aldo Tarabella (musique). Le texte - qu’on n’a pas jugé bon de reproduire dans la notice - ne brille ni par son originalité, ni par sa subtilité : on y retrouve Uberto, désormais uni à son ancienne servante mais incapable de consommer son mariage, et qui, désireux d’échapper à sa tyrannique épouse, imite la Rosine du Barbier de Séville en envoyant des lettres au passant depuis son balcon, puis se déguise en mégère (« Madama Uragano ») pour refiler Serpina à son valet Vespone… La musique de Tarabella (né en 1948), en revanche, ne manque pas de piquant : d’abord peu tonale, elle s’adoucit dès qu’elle doit accompagner la voix, propose d’assez fins pastiches de l’écriture baroque (notamment dans les récitatifs accompagnés au piano, au violoncelle et, comme chez Chostakovitch, au basson), une instrumentation pétillante et un savoureux éventail de styles (jusqu’à des parfums de tango). Le baryton Donato Di Gioia y trouve davantage ses marques que chez Pergolesi, mais la soprano Erika Liuzzi s’y montre tout aussi trémulante et la basse Paolo Pecchioli ne vaut guère mieux. Pour curieux impénitents, donc.

Olivier Rouvière.