Acis and Galatea

Haendel

le 11/09/2018

par Olivier Rouvière

Lucy Crowe (Galatea), Allan Clayton (Acis), Benjamin Hulett (Damon), Neal Davies (Polyphemus), Jeremy Budd (Coridon), Early opera Company, dir. Christian Curnyn (2018).
CD Chandos 0404. Notice en anglais. Distr. Harmonia Mundi.

S’installe l’habitude de donner le « mask » Acis & Galatea sous une forme aussi proche que possible de celle d’origine, telle qu’elle parut à Cannons, la résidence (non encore achevée, à l’époque) du premier duc de Chandos, James Brydges, en 1718. On connaît les effectifs dont disposait le commanditaire : un orchestre d’une douzaine de membres (quatre violons, deux violoncelles, une contrebasse, un basson, deux hautboïstes jouant aussi de la flûte à bec, aucun alto) et cinq chanteurs, tous masculins (un garçonnet, trois ténors – dont l’un chantant la partie de haute-contre – et une basse). Dans sa version de référence de 1978 (Archiv : vieille de quarante ans, déjà !), Gardiner faisait donc le choix d’un ensemble instrumental réduit et de se passer du chœur, remplacé par les quatre solistes, auxquels s’ajoutait une haute-contre en ripieno. On trouvait une disposition similaire dans la version du Boston Early Music Festival (CPO, 2013).

On la retrouve ici, avec quelques minimes différences : trois violons par partie au lieu de quatre et une soprano en ripieno pour les chœurs, tandis que le troisième ténor, qui n’intervenait que dans ceux-ci chez Gardiner, devient « Coridon », l’interprète du dernier air de Damon. Effectif léger, scintillant et labile, qui rend sensible les mille nuances dont Haendel émaille son opéra de chambre et se pare de jolis ornements (surtout chez les flûtes). Mais achoppe sur la direction toujours peu expressive de Curnyn, dont la seule inflexion semble être la rapidité : dès la sinfonia, prise à un train d’enfer (pour faire valoir la virtuosité des hautbois ?), on sent que la vélocité va suppléer à tout autre souci d’interprétation – accentuation (« Love sounds alarm », plat), mise en valeur du rythme, des contrastes et des couleurs (fort pâles, chez les cordes).

Si l’orchestre déçoit, les « chœurs », allants et diserts, séduisent, grâce au parfait appariement des six voix. Prises individuellement, ces dernières ont leurs défauts : le troisième ténor, Jeremy Budd, est fort éteint, les deux autres, plus corsés, peinent dans les airs lents, qui sollicitent leur haut registre (« Love in her eyes » éprouve Clayton, pourtant vaillant ailleurs), la soprano affiche une voix mince et graphique et le baryton, fatigué, sur-articule beaucoup. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de trouver ce Polyphème aussi drôle qu’éloquent, cette Galatée aussi sensible que pudique ; surtout, la mort d’Acis, dans cette atmosphère distanciée, touche particulièrement.

On a donc connu Acis plus charnel (chez King et Christie), mais cette aquarelle – publiée avec l’aide de souscripteurs-mécènes – s’en sort mieux que les « grands opéras haendéliens » (Partenope, Flavio, Serse, Semele) enregistrés par le même chef.

O.R.