Il Vologeso

Jommelli

le 22/08/2018

par Olivier Rouvière

Sebastian Kohlhepp (Lucio Vero), Sophie Marilley (Vologeso), Ana Durlovski (Berenice), Helene Schneiderman (Lucilla), Catriona Smith (Flavio), Igor Durlovski (Aniceto), Orchestre d’Etat de Stuttgart, dir. Gabriele Ferro, mise en scène: Jossi Wieler et Sergio Morabito (Stuttgart, 2015).
DVD Naxos 2110395-96. Notice en anglais. Distr. Outhere.

Il Vologeso (1766) fait partie de la vingtaine d’opéras composée par Jommelli pour la cour de Stuttgart entre 1753 et 1768 – et c’est logiquement à Stuttgart que l’opéra fut ressuscité au XXe siècle, sous la direction de Frieder Bernius, qui l’enregistra pour Orfeo dès 1998. L’autographe ayant disparu, c’est d’ailleurs l’édition réalisée par Bernius qui a servi à la présente production. Le livret original de Zeno, Lucio Vero (1700), avait connu un grand nombre de mises en musique, dont l’une de Jommelli lui-même (en 1744), lorsque ce dernier le fit réviser pour Stuttgart : supprimant plus de la moitié des airs et de l’acte II, il y inséra deux ensembles, qui sont déjà presque des finales (un quatuor se changeant en duo, et un trio), ainsi que de longues scènes dramatiques qu’il pouvait traiter en récitatif accompagné. D’une folle sophistication, la musique de Jommelli, juxtaposant lyrisme pathétique et amples développements orchestraux (souvent écrits « à deux choeurs »), offrait une alternative à la réforme que Gluck menait au même moment. Difficile à appréhender, elle exige autant de l’orchestre que des voix : la version gravée par Bernius l’avait prouvé – à ses dépens.

Celle qu’on entend ici ne vaut pas mieux : l’orchestre, moderne, de Stuttgart, se montre élégant mais désuet ; à la baguette, Ferro attaque les airs avec alacrité mais laisse souvent retomber la tension ; le pianoforte qui fait office de continuo paraît bien anachronique ; guère de timbre, peu de soutien chez la mezzo Sophie Marilley comme chez le contre-ténor Igor Durlovski ; tandis que les voix de la soprano Catriona Smith et de la mezzo Helene Schneiderman, trop mûres (la seconde chantait déjà le même rôle chez Bernius... dix-sept ans plus tôt), s’avèrent des plus instables. Restent le soprano corsé d’Ana Durlovski, assez astringent cependant, et, surtout, le ténor juvénile et stylé de Sebastian Kohlhepp. C’est peu, d’autant que la régie ne mérite pas même qu’on la commente. Et dire qu’ils se sont mis à deux pour commettre cette pochade grotesque, louvoyant entre gags pas drôles (Bérénice doit se jeter dans l’arène où rugit un lion ? elle passe dans le public, ah, ah) et littéralité pesante, dont le “concept” se voit résumé par les costumes, atroce mélange de jogging, jupettes romaines et justaucorps à crevés vaguement renaissants ! Alors pourquoi un “coeur” ? Pour Jommelli, qui résiste à tout en attendant son champion...

O.R.