Martha

Flotow

le 27/07/2018

par Louis Bilodeau

Maria Bengtsson (lady Harriet Durham), Katharina Magiera (Nancy), AJ Glueckert (Lyonel), Björn Bürger (Plumkett), Barnaby Rea (lord Tristan Mickleford), Franz Mayer (le juge de Richmond), Frankfurter Opern- und Museumsorchester, Chœur de l’Opéra de Francfort, dir. Sebastian Weigle (live, 2016).
CD Oehms classics. Livret en allemand. Distr. Outhere.

Sans pouvoir sérieusement prétendre détrôner la version historique de 1944 dirigée par Johannes Schüler et mettant en vedette les merveilleux Erna Berger et Peter Anders, cette nouvelle Martha enregistrée à l’Opéra de Francfort possède des qualités qui en font un excellent choix pour qui veut se laisser charmer par la musique toujours agréable de Flotow. Outre la plus-value d’une prise de son moderne, cet album permet d’apprécier la précision et la connivence auxquelles peuvent seuls parvenir des chanteurs formant une troupe permanente, modèle allemand qui devrait être une source d’inspiration pour d’autres pays... Soprano aux aigus rayonnants et au timbre plus corsé que celui auquel on associe habituellement le rôle-titre, la Suédoise Maria Bengtsson rend parfaitement crédible le caractère de la fantasque lady Harriet, qui se déguise en servante pour tromper son ennui avant de nier puis de finalement reconnaître ses sentiments envers son séduisant « maître » Lyonel. Tout en demi-teintes et délicatement ciselé, son célèbre Volkslied (« Letzte Rose ») est un ravissement, de même que son air plein d’espoir du dernier acte (« Den Teuren zu versöhnen »). Malgré un timbre un peu nasal, AJ Glueckert est un Lyonel de grande classe qui sait traduire la poésie et la fièvre passionnée de « Ach, so fromm ». Les deux artistes, auxquels on pardonne aisément quelques légères défaillances occasionnelles, composent un couple attachant et fort bien assorti, tout comme la Nancy à la belle voix grave de Katharina Magiera et le Plumkett éminemment sympathique de Björn Bürger. Énergique et très homogène, le chœur est à son meilleur dans l’étourdissante scène du marché qui termine le premier acte. Dans la fosse, Sebastian Weigle et la phalange qu’il dirige depuis 2008 savent trouver l’équilibre exact entre les aspects légers et sentimentaux d’un ouvrage dont ils proposent en somme une interprétation extrêmement sensible.

L.B.