Theodora

Haendel

le 23/02/2018

par Olivier Rouvière

Hana Blazikova (Theodora), Nohad Becker (Irene), Christian Rohrbach (Didymus), Georg Poplutz (Septimius), Daniel Ochoa (Valens), Bachchor & Bachorchester Mainz, dir. Ralf Otto (live, 2015).
CD Coviello Classics 91732. Notice en anglais. Distr. UVM Distribution.


C’est bien maladroitement que Ralf Otto tente, dans la notice de l’enregistrement, de défendre « sa » version de Theodora, odieusement tronquée. Il joue d’abord la carte de la « découverte » : Theodora est une partition majeure qu’il faut faire entendre. Pour cela, il arrive fort tard, après une douzaine d’enregistrements de valeur et diverses productions, y compris scéniques (celle de 1996, à Glyndebourne, par le tandem Sellars/Christie faisant toujours référence et étant disponible aussi bien en DVD qu’en CD). Les coupures ? Haendel lui-même avait coutume d’en effectuer lors des reprises. Oui, mais pas de cet ordre ! Passe pour quelques airs de Valens remplacés par des récits. Passe pour quelques da capo – mais pas pour tous. Certains airs – comme « The raptur’d Soul » – ne conservent pas même l’intégralité de leur partie « A » ! Enfin, surtout, trop de pages majeures disparaissent, tels les sublimes « New scenes of joy » d’Irene (qui perd aussi « Bane of virtue ») et « But why art Thou disquieted » de Theodora. Seuls quelques chœurs échappent à ces ciseaux indiscrets, qui défigurent ce qu’ils prétendaient défendre.

L’interprétation méritait-elle néanmoins l’honneur de la captation « sur le vif » ? Pas vraiment. On se réjouissait pourtant d’entendre le soprano cristallin de Blazikova, qui nous avait tant séduit dans les messes de Zelenka mais qui se révèle, dans le répertoire dramatique, bien trop droit et pauvre d’expression. Les autres voix, très allemandes, pâtissent d’un rédhibitoire manque de couleurs, même s’il faut faire la distinction entre un contre-ténor plutôt percutant (Rohrbach) et une alto quasi aphone (Becker). Orchestre assez anonyme, plutôt gris, malgré des cors spectaculaires, chœur discipliné mais terriblement appliqué (fin de l’acte II), direction fruste, non dépourvue de vivacité (dans les scènes païennes) mais ignorant toute émotion. Bref, pour « découvrir » Theodora (magnifiquement donnée en concert à l’Opéra-Comique dès 1987 par Malgoire), préférez Christie (1996), McGegan ou McCreesh, voire Neumann, Somary ou Harnoncourt.

O.R.