Euryanthe

Weber

le 23/01/2018

par Christian Merlin

Ingeborg Wenglor (Euryanthe), Gert Lutze (Adolar), Sigrid Ekkehard (Eglantine), Rudolf Gonszar (Lysiart). Orch. Symph. de la Radio de Berlin, dir. Kurt Masur (1957).

CD Relief CE 1926. Distr. UVM Distribution.

Inédit à notre connaissance, cet enregistrement fait partie du fonds d’archives de la radio de Berlin-Est. S’il ne remet pas fondamentalement en cause la (trop maigre) discographie de l’Euryanthe de Weber, maillon essentiel dans la chaîne de l’opéra allemand qui conduit à Wagner, il présente un intérêt documentaire qui va au-delà de la simple histoire de l’interprétation. Il y est question d’histoire culturelle et politique, puisqu’il illustre la vie lyrique dans la RDA communiste peu avant l’érection du mur de Berlin. C’est l’occasion de faire connaissance avec des artistes dont la carrière fut essentiellement locale et troupière : les biographies (en allemand et en anglais seulement) permettent de suivre ceux qui sont restés et ceux qui se sont exilés. C’est aussi la possibilité de redécouvrir une conception de l’opéra où la notion d’ensemble prime sur le star-système, où le collectif vaut mieux que la somme des parties. C’est enfin la résurrection d’un style allemand très typé, quitte à paraître démodé, mais ni plus ni moins que lorsque l’on réécoute des enregistrements de la RTF avec Jacqueline Brumaire ou Tony Poncet : un style franc et direct, une diction très articulée, sans chercher à « faire du son ».

L’Euryanthe d’Ingeborg Wenglor, membre de la troupe du Staatsoper de Berlin, est plutôt légère et naïve, sans le côté Elsa de Lohengrin auquel on s’est habitué depuis : guère étonnant, elle chantait Zdenka et la Reine de la nuit. Médecin de son état (il ouvrit un cabinet de dermatologie après son passage à l’Ouest), le ténor Gert Lutze ne chanta jamais sur scène, se consacrant au studio et à l’oratorio : sa voix est franche et timbrée à défaut de charmer, non sans rappeler Rudolf Schock. Plus soprano que mezzo, la « méchante » Eglantine est Sigrid Ekkehard, qui passa à l’Ouest quatre ans après cet enregistrement : elle doit lutter pour rendre justice au dramatisme de cette Ortrud avant la lettre, mais elle le fait avec un engagement et une probité qui sont aussi le fait de Rudolf Gonszar, baryton de caractère. Alors âgé de 30 ans, Kurt Masur n’avait encore conquis ni le Komische Oper du grand Felsenstein, ni le Gewandhaus de Leipzig qui allaient marquer sa carrière d’avant la chute du Rideau de fer. Sa direction terrienne, d’une vigueur presque rugueuse, accentue le côté allemand un peu daté d’un enregistrement d’un autre temps. On signalera que la nécessité pour les versions radio de s’en tenir à une durée d’une heure quarante a pour conséquence des coupures non négligeables.

C.M.