Le Directeur de théâtre / Prima la musica e poi le parole

Mozart / Salieri

le 18/01/2018

Révérence

par Jean-Charles Hoffelé

Der Schauspieldirektor (Le Directeur de théâtre)

Eva Mei (Madame Herz), Patricia Petibon (Mademoiselle Silberklang), Markus Schäfer (Monsieur Vogelsang), Oliver Widmer (Markus Schäfer), Werner Schneyder (Frank, le Directeur de théâtre).

Prima la musica e poi le parole

Manfred Hemm (le Maestro), Oliver Widmer (le Poète), Melba Ramos (Eleonora), Eva Mei (Tonina).

Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (Salzbourg, 3 février 2002). 2 CD Belvedere 08035. Distr. Harmonia Mundi.

En 1986, Nikolaus Harnoncourt réunissait pour la première fois au disque les deux ouvrages comiques commandés par Joseph II pour honorer la venue du Gouverneur Général des Pays-Bas, sur un sujet de sa suggestion: à la fois la naissance d’une compagnie lyrique et la création d’un opéra. Salieri et Mozart se mirent chacun à l’ouvrage, le premier donnant un divertimento encore assez proche de l’esprit de l’opera buffa en langue italienne, très artistement composé et assez leste, le second créant une comédie réjouissante et acide en allemand. L’Empereur espérait bien que Mozart remporterait la victoire (et donc la langue germanique), mais ce fut Salieri qui ravit la palme. Les deux ouvrages jumeaux furent baptisés à l’Orangerie de Schönbrunn le 7 février 1786. Salieri hérita d’un livret subtilement ficelé que sa musique n’habilla pas d’assez près, alors que Mozart mit du génie au canevas plutôt fruste de Stefanie. Pour l’enregistrement Teldec réalisé au Concertgebouw, Harnoncourt inversait l’ordre des ouvrages, commençant le disque avec Salieri pour laisser le dernier mot à Mozart (et disant lui-même le solo dans le Schlussgesang !).

Quasi vingt ans plus tard, au cœur de l’hiver salzbourgeois, il reprend dans le même ordre ce doublé auquel les timbres verts du Concentus Musicus donnent des ailes, au point que l’enregistrement de studio montre rétrospectivement un théâtre forcé que sauvait, pour le Salieri, une distribution de grand luxe (Alexander, Hamari – sublime Tonina –, Hampson, Holl) mais qui n’affichait au même niveau, pour Mozart, que la Silberklang presque trop opulente de Krisztina Laki. A Salzbourg, la fête est complète, et d’abord pour Mozart : Eva Mei fait aussi bien que Madga Nador, Madame Herz dédaigneuse et splendide à la fois, alors que Patricia Petibon met à sa Silberklang l’agitation impertinente qu’on imagine. Au texte de Stefanie s’ajoute la prose irrésistible de Werner Schneyder, Frank désopilant qui fait s’effondrer de rire l’assistance du Mozarteum. La vivacité de l’ensemble donne une tout autre allure à la pochade de Mozart que le ton assez emprunté qui desservait la version de studio. Mais pour le divertimento de Salieri, le jeu entre les deux propositions est vraiment égal, même si le théâtre de 2002 donne plus d’élan à la savoureuse italianità du compositeur des Danaïdes.

J.-C.H.