Rigoletto

Verdi

le 04/01/2018

par Chantal Cazaux

 

Dmitri Hvorostovsky (Rigoletto), Nadine Sierra (Gilda), Francesco Demuro (le Duc de Mantoue), Andrea Mastroni (Sparafucile), Oksana Volkova (Maddalena), Kaunas City Symphony Orchestra & Kaunas State Choir, dir. Constantine Orbelian (2016).

CD Delos DE 3522. Livret bilingue (ital., angl.). Notice en angl. Distr. Outhere.

 

Le 10 novembre 2017 sortait cette première intégrale de Rigoletto gravée par Dmitri Hvorostovsky pour le label Delos auquel il avait aussi confié son interprétation de Simon Boccanegra (2015) et de nombreux récitals, en collaboration suivie avec le chef Constantine Orbelian. Douze jours plus tard, à l’âge de 55 ans, le baryton russe succombait au cancer contre lequel il luttait pendant l’enregistrement. Comme on aurait aimé aimer ce document, non seulement legs d’un artiste qui fut sans doute le baryton le plus phonogénique de sa génération, mais aussi témoignage d’un courage artistique qui force le respect ! Las, tel n’est pas le cas, loin s’en faut.

Le hiatus entre une Gilda papillonnante et fraîche, libre de ses moyens cristallins sinon véritablement touchants (Nadine Sierra), courtisée par un Duc clair et plein d’élan (Francesco Demuro, rappelant Carreras dans ses moments les plus libres mais entrouvrant trop la porte à un vibrato serré et dur), et un rôle-titre en souvenir de lui-même (métal, soutien, style même : tout fait hélas défaut à ce Rigoletto dont la fièvre n’est plus charisme électrique mais, malgré des efforts audibles ou justement à cause d’eux, exagération des intentions et grossissement des effets), est un constat douloureux et qui oblitère l’émotion qui devrait accompagner l’écoute du melodramma verdien comme du « testament » hvorostovskyien. Plus encore : les limites de la phalange lituanienne, à découvert dès la première banda, fatales dans « Cortigiani » (qui se traîne à la poursuite de Hvorostovsky, lequel tente quand même le tout pour le tout), la direction molle d’Orbelian, qui laisse s’appesantir chaque parlante, le casting insuffisant des comprimari (Ceprano impossiblement charbonneux), tout aboutit à une version qui ne tient pas son rang dans la discographie et, pour tout dire, n’est pas à la hauteur de la mémoire de son artiste clé. Que tous ceux qui ont follement aimé son chant à l’ardeur voluptueuse, son legato de violoncelle, son mélange de panache et d’insolence flegmatique, passent leur chemin, afin de conserver intact le souvenir de sa splendeur.

C.C.