Demetrio et Polibio

Rossini

le 23/11/2017

par Jean Cabourg

Sofia Mchedlishvili (Lisinga), Victoria Varovaya (Siveno), César Arrieta (Eumene/Demetrio), Luca Dall'Amico (Polibio), Camerata Bach Choir, Poznan, Virtuosi Brunensis, dir. Luciano Acocella (live, Bad Wildbad, juillet 2016).

CD Naxos 8 660405-06. Distr. Outhere.

 

Le festival de Bad Wildbad honore à son tour le premier opera seria de Rossini, ouvrage créé en 1812 et partiellement conçu par le jeune Gioachino, à quatre mains avec le ténor Mombelli. A Pesaro, dès 2010, un plateau de jeunes espoirs défendait honorablement la partition, l'originalité prometteuse de ses finales ou de ses trouvailles harmoniques, au sein d'une production esthétisante dont nous rendions compte ici même. La simple captation audio du spectacle imaginé pour la scène du Kurtheater par Nicola Berloffa nous prive des kalachnikovs, lunettes noires et autres téléphones portables dont ce dernier assaisonnait, quant à lui, sa transposition moderne de cette histoire hellénistique marquée par la rivalité irano-syrienne du deuxième siècle avant Jésus Christ. On se console de ces lieux communs de la modernité ordinaire en écoutant les solistes réunis sous la baguette idiomatique de Luciano Acocella, à la tête d'un orchestre et de chœurs chambristes en adéquation avec la fluidité de cette musique sans apprêt. En Polibio, roi des Parthes, la basse Luca Dall'Amico laisse à son vibrato le soin d'humaniser un discours un rien monocorde qui aurait gagné à plus de délié dans l'expression paternelle. Sa fille, objet de tous les déchirements politiques et amoureux, gâte hélas l'équilibre de la distribution par ses émois de divette pointue, égarée dans un opéra belcantiste qu'elle pimente à tort de cocottes anachroniques. Son amant, le ténor vénézuélien César Arrieta, tout de charmante musicalité mais court aux deux extrémités de sa tessiture, séduit en revanche par l'agilité qu'il déploie mine de rien, sans en rajouter dans l'extraversion. C'est toutefois la mezzo russe Victoria Varovaya qui, sous les atours travestis de l'amant déchiré Siveno - qu'elle incarnait déjà à Pesaro -, domine la soirée. Densité du timbre, maîtrise du phrasé spianato comme des volatine ou de la coloratura exigeante de son grand air du II : le plus grand Rossini surgit grâce à cette page à coup sûr écrite de sa main, par la grâce de son interprète. Les ensembles reflétant la bonne cohésion de cette troupe improvisée mais soudée contribuent à valoriser cette sympathique version.

J.C.