Didone abbandonata

Vinci

le 22/10/2017

par Olivier Rouvière

Roberta Mameli (Didone), Carlo Allemano (Enea), Raffaele Pé (Iarba), Gabriella Costa (Selene), Marta Pluda (Araspe), Giada Frasconi (Osmida), Orchestre du Mai musical florentin, dir. Carlo Ipata ; mise en scène: Deda Cristina Colonna (Florence, 2017).

DVD Dynamic 37788. Notice en italien, anglais. Distr. Outhere.

 

On peut dater de 1724 la naissance de l'opéra dit « napolitain » ou « métastasien » : à cette date paraît, à Naples, Didone abbandonata, premier dramma d'un Métastase de vingt-six ans, mis en musique par l'obscur Sarro. Deux ans plus tard, Leonardo Vinci reprend le même livret pour Rome (soixante autres compositeurs lui emboîteront le pas jusqu'en 1823). La collaboration entre Métastase et Vinci se révélera particulièrement heureuse : le musicien napolitain fut le premier à mettre par la suite en musique cinq autres drames de celui qui n'était pas encore le poète officiel de la cour de Vienne. Leur entente connaîtra son apogée avec Artaserse, en 1730 (enregistré par Fasolis chez Virgin en 2012), peu avant que le pauvre Vinci ne meure d'avoir bu un chocolat empoisonné ! Métastase regrettera toute sa vie son malheureux collaborateur. Non que la musique de Vinci, prioritairement mélodique, volontiers articulée sur quelques figures rythmico-rhétoriques récurrentes, soit d'une grande profondeur. Mais elle se coule à merveille dans la dramaturgie métastasienne, en laisse apprécier les vers par la carrure desquels elle semble toujours inspirée. Notons que Métastase permettra à Vinci des aménagements dont il s'irrita chez d'autres : entre sa première et sa seconde moutures, Didone perd ainsi 9 airs, le rôle auparavant prévalent du furieux Iarba ayant été passablement rogné (celui du vertueux Araspe paraît avoir été encore un peu raccourci ici).

Parfaitement écrite pour la voix, la partition de Vinci - conçue pour 3 sopranos, 2 altos et un ténor, tous masculins, à l'origine - ne réclame pas de grands prodiges. Aussi, la distribution réunie à Florence se montre-t-elle tout à fait apte à en venir à bout, les trois rôles principaux s'avérant même fort probants : les riches sonorités de gorge de Roberta Mameli (soprano), le timbre sombre et mâle de Carlo Allemano (ténor), la voix androgyne et virtuose de Raffaele Pé (contre-ténor) confèrent bien du caractère à cet archétypal trio amoureux. Les trois dames tenant les rôles secondaires font preuve de moins de personnalité mais, à l'exception de quelques notes tirées, s'en sortent bien aussi. Divers décalages (surtout chez Allemano) sont à imputer à la captation sur le vif - ainsi qu'à la baguette timide et neutre de Carlo Ipata, à la tête d'un fort médiocre orchestre. Pas grand-chose à dire de la mise en scène : un escalier praticable, une sphynge en pseudo-bronze et quelques toiles tendues suffisent pour le décor, qui ne séduit que grâce à de jolies ombres chinoises. Les costumes hésitant entre antiquité d'opérette (cuirasses en carton), heroic fantasy (corsets métalliques et look Wonder Woman des princesses) et trip tribal (coiffure rasta et tatouages pour les « barbares ») comme la direction d'acteurs pataude font partie de ce fonds commun de la scénographie cheap sur laquelle il vaut mieux fermer les yeux ; préférez donc le coffret de 3 CD que publie simultanément Dynamic... Deux cœurs, mais seulement pour la découverte.

O.R.