Le Trouvère

Verdi

le 26/07/2017

par Chantal Cazaux

Piero Pretti (Manrico), Marco Caria (le Comte di Luna), Anna Pirozzi (Leonora), Enkelejda Shkosa (Azucena), Alessandro Spina (Ferrando), Fondazione Orchestra Regionale delle Marche et Coro Lirico Marchigiano Vincenzo-Bellini, dir. Daniel Oren, mise en scène : Francisco Negrin (Macerata, VII-VIII.2016).

DVD Dynamic 37769. Notice et synopsis ital./angl. Distr. Outhere.

L'espace du Sferisterio de Macerata est un défi à toute mise en scène, démultiplié pour Le Trouvère : à son immense latéralité, visuellement redoutable, s'ajoute la difficulté de rendre compte d'une intrigue complexe dans un espace nu et invariant. Francisco Negrin fait preuve de choix judicieux : une palette resserrée, centrée sur la nuit (du gris au noir pour la scénographie sobre et harmonieuse de Louis Désiré) et le feu (beaux effets de lumières au rouge incandescent de Bruno Poet, parfois atmosphériques, parfois proches de l'abstraction), de longues tablées réunissant ici les soldats, là les bohémiens, permettant de structurer leurs déplacements. On est moins convaincu par la gestuelle réglée demandée aux chœurs, d'ailleurs peu précis de corps comme de voix. On entre là dans la part décevante de la production : sa dimension musicale. Comme souvent, Daniel Oren alterne moments inspirés et phases de baisse de tension trop audibles, où les tempos ne sont pas tenus et le drame s'effiloche, tentant de se rattraper ensuite en se précipitant. On regrette les limites vocales de Ferrando, souvent à court et peu timbré en plus de retarder le tempo, plus encore celles du Comte, lui aussi lent et gris, bien éloigné de délivrer la leçon de chant qui seule peut sauver son personnage. En revanche, Piero Pretti (Manrico) tire son épingle du jeu, timbre solaire et chant relativement châtié - mais un rien court d'aura et bien générique d'intentions pour emporter vraiment l'adhésion. Côté femmes, Anna Pirozzi possède un chien vocal indéniable, certes capable de venir à bout des grandes lignes verdiennes, mais un timbre très dur et une présence de chanteuse avant que d'actrice : Leonora n'a pas ici la volupté rêveuse que sa partie exige. Seule à combler pleinement nos attentes, l'Azucena d'Enkelejda Shkosa, bien éloignée des caricatures trop souvent vues, superbe timbre de mezzo torrentiel, aux passages bien négociés et à l'incarnation convaincante car convaincue. Elle vaut à la production (et à sa captation) ses plus beaux moments verdiens.

C.C.