Ottone

Haendel

le 12/07/2017

par Olivier Rouvière

Max Emanuel Cencic (Ottone), Lauren Snouffer (Teofane), Pavel Kudinov (Emireno), Ann Hallenberg (Gismonda), Xavier Sabata (Adelberto), Anna Starushkevych (Matilda), Il Pomo d'oro, dir. George Petrou (2016).

CD Decca 483 1814. Notice en français. Distr. Universal.

Neuvième opéra écrit par Haendel pour l'Angleterre, Ottone, re di Germania (1723) relève du genre de cape et d'épée : on y trouve des pirates et une vierge guerrière, on y usurpe l'identité d'autrui, s'y éprend d'un portrait, s'y échappe d'une tour en pleine nuit, etc. Notons que ce canevas de bande dessinée a pour vertu de traiter les six personnages - dont trois sont féminins, chose rare - de façon assez égalitaire : cette particularité a stimulé Haendel qui, s'il ne livre pas ici sa partition la plus profonde, a imaginé pour l'occasion un nombre impressionnant d'arias (plus d'une quarantaine, en comptant toutes les variantes de l'édition Chrysander, dont trois sur huit sont ici proposées en appendice). A côté du célèbre « Falsa imagine » (que Cuzzoni refusa d'abord de chanter : Haendel dut la suspendre au-dessus du vide pour qu'elle agrée cette entrée seulement accompagnée de la basse continue !) et de la sicilienne « Affani del pensier » de Teofane, notons « Dell'onda ai fieri moti » et le bouleversant « Tanti affani » d'Ottone, les pages impétueuses réservées à la basse (Emireno) et le rôle aigre-doux de l'alto (Matilda).

L'ouvrage était déjà connu par deux intégrales (McGegan, HM 1992, et King, 1993 Hypérion) que la nouvelle venue détrône... d'une courte tête. Côté distribution vocale, son seul point faible est la mezzo Starushkevych, plutôt grinçante et qui savonne ses vocalises (« Nel suo sangue »). En revanche, Kudinov campe un impressionnant Emireno, Snoufer, la plus musicale des Teofane (nonobstant quelques acidités) et Hallenberg, une Gismonda superlative d'un point de vue technique - même si Smith, chez King, allait plus loin dans l'incarnation de cette mère vampirique. Les contre-ténors sont aussi globalement plus assurés que leurs rivaux mais, là encore, on attendrait davantage d'émotion dans les pages pathétiques (« Lascia che nel suo viso » d'Adelberto, « Ritorna, o dolce amore » d'Ottone) et moins de prudence dans les airs de bravoure (« Dopo l'orrore » d'Ottone, « D'innalzar i flutti » d'Adelberto). Faut-il en incriminer la direction de Petrou ? Pourtant, au moins au premier acte, celle-ci se distingue par sa finesse et son intuitivé. Mais le chef grec n'exacerbe pas assez les climats, pourtant fort variés : sa « bataille navale » (n° 5) pourrait être plus ludique, son duo nocturne (« Notte cara!  », n° 25), plus romantique. Et pourquoi a-t-il préféré Il Pomo d'oro, pas toujours virtuose, à son habituelle Armonia Atenea ? Bref, encore une fois, après Alessandro (2012) et Arminio (2016), le trio Petrou-Cencic-Decca nous fait miroiter une référence haendélienne sans vraiment nous l'offrir...

O.R.