Samson et Dalila

Saint-Saëns

le 10/06/2017

par Didier van Moere

Denise Scharley (Dalila), Raoul Jobin (Samson), René Bianco (le Grand Prêtre), Henri Médus (le Vieillard hébreu), Pierre Froumenty (Abimélech), Chœur et Orchestre de l'Opéra de Paris, direction Louis Fourestier (live, 30 janvier 1956).

CD Malibran MR 789. Distr. Malibran.

Si ces disques avaient paru avant l'achèvement de notre discographie comparée (voir ASO n° 293), ils auraient aussitôt suscité une passionnante comparaison avec la version studio de Louis Fourestier. Dix ans après, dans la fosse de Garnier, on l'entend égal à lui-même, par la maîtrise de la partition, le sens des couleurs et des climats, l'art d'avancer. Mais la direction est aussi plus éruptive, plus épique - apocalyptique fin du deuxième acte. Le troisième, lui, impressionne plus que jamais : Fourestier arrive à l'unifier, avec un sens des enchaînements que beaucoup pourraient lui envier, un art de ne pas céder au kitsch sans rien affadir pour autant. Tant pis si le chœur n'est pas des meilleurs, la bande radio non plus. Et l'on entend la Dalila de Denise Scharley, trop oubliée aujourd'hui, le vrai format du rôle par son mezzo profond, incarnation parfaite du style français, plus vipérine, plus fatale qu'Hélène Bouvier ; cette Philistine féline et impérieuse met du feu dans « Mon cœur s'ouvre à ta voix ». Voix plus claire que José Luccioni, Raoul Jobin possède la jeunesse et la vaillance de Samson, mais se tend parfois, comme à la limite de ses moyens - avantage à son rival, donc. Avantage aussi à Paul Cabanel, dont René Bianco, plein de morgue haineuse en Grand Prêtre, n'a pas tout à fait la classe. Le Vieillard de Henri Médus, lui, est toujours là, avec ses incroyables graves - si vous ne connaissez pas ses airs de Sarastro, écoutez-les toutes affaires cessantes. On préfère donc la version studio, mais Denise Scharley nous rend celle-ci très précieuse, d'autant plus qu'on la retrouve dans les bonus, absolument magnifique - « Printemps qui commence » est un des plus beaux qui soit. Cerise sur le gâteau : un extrait du deuxième acte avec Mario del Monaco, à Garnier en 1960. L'exotisme de l'Italien, même s'il dépare le couple, serait plutôt moins prononcé que dans certains live - de toute façon, il y a de l'électricité dans l'air dans la vallée de Soreck !

D.V.M.