Zaide

Mozart

le 20/03/2017

par Olivier Rouvière

Sophie Bevan (Zaïde), Allan Clayton (Gomatz), Jacques Imbrailo (Allazim), Stuart Jackson (Soliman), Darren Jeffery (Osmin), The Orchestra of Classical Opera, dir. Ian Page (2016).

CD Signum 473. Notice en anglais. Distr. UVM Distribution.

Ian Page poursuit son exploration pas à pas des opéras « de jeunesse » de Mozart, mais contourne pour l'instant Lucio Silla (1772) et Idomeneo (1781) au profit de Zaïde, entamée juste après ce dernier et jamais vraiment achevée. Très injustement, on a voulu faire de ce singspiel en deux actes - auquel manquent l'ouverture et le finale - une sorte de brouillon de L'Enlèvement au sérail (1782). Or le ton, à la fois plus sérieux et plus romantique, la facture, moins développée et plus expérimentale, en sont tout autres. Le profil de la protagoniste, qui débute avec une ineffable et schubertienne berceuse (la justement célèbre « Ruhe sanft ») avant de se lancer dans deux grands airs di paragone, la carrure vocale du Sultan (qui ne parle pas, comme dans L'Enlèvement, mais chante, ô combien !) et, surtout, l'insertion de deux mélologues raffinés (textes déclamés sur fond musical) trahissent l'ambition du propos, que contredit, par ailleurs, l'exiguïté des proportions : une fois les dialogues parlés évacués (comme ici), la partition est bouclée en une heure et quart. Page a choisi de la faire débuter par l'un des Entr'actes symphoniques du contemporain Thamos roi d'Egypte, musique au caractère Sturm und Drang si affirmé qu'elle plonge dans l'ombre les premiers numéros de Zaïde. Pour le reste, et même si le souffle retombe un peu dans les plus vastes mouvements (le trio, le quatuor, les mélologues), on admire toujours autant la battue fluide et franche du chef anglais, son sens dramatique sans esbroufe, son respect de la respiration mélodique, ainsi que son orchestre équilibré, aux teintes printanières. Malheureusement, la distribution vocale apparaît sous-dimensionnée : une Bevan bien raide et grise pour la frémissante Zaïde, un Clayton et un Imbrailo beaucoup trop légers pour les vertueux et torturés Gomatz et Allazim. Les « vilains » s'affirment davantage : Jeffery se sort fort bien du périlleux staccato de son « air du rire » et Jackson, guère ménagé par le chef, affronte crânement les éclats de Soliman. Sans atteindre à la réussite du jeune Thomas Moser, dans ce qui reste la version la plus convaincante de l'ouvrage (Hager, Orfeo, 1982).

O.R.