Faramondo

Haendel

le 10/04/2015

par Olivier Rouvière

Emily Fons (Faramondo), Anna Devin (Clotilde), Anna Starushkevych (Rosimonda), Njal Sparbo (Gustavo), Marteen Engeltjes (Adolfo), Christopher Lowrey (Gernando), Edward Grint (Teobaldo), FestspielOrchester Göttingen, dir. Laurence Cummings (live, 2014).  
CD Accent ACC 26402. Notice et livret en anglais. Distr. Outhere.

Admettons-le : composé juste avant Serse et pour la même troupe, Faramondo (1737), opéra tardif de Haendel, n'est pas l'un de ses chefs-d'œuvre. Reinhard Strohm semble avoir d'ailleurs prouvé que plusieurs passages de la partition ont été partiellement empruntés par Haendel à une précédente mise en musique du livret de Zeno, due à Francesco Gasparini (1720) ! Tronqué en dépit du bon sens, afin d'épargner autant que possible les récitatifs au public anglais, ledit livret a d'ailleurs perdu chez Haendel le peu de cohérence et d'originalité qu'il possédait. Pharamond, légendaire souverain franc, et sa sœur Clothilde sont épris des enfants de leur plus cruel ennemi, le roi des Cimbres Gustave - et pourtant, devinez quoi ? tout finira bien, grâce aux retrouvailles de Gustave avec un autre de ses fils, qu'il avait cru assassiné... A Göttingen, il semble que l'on ait transposé ce salmigondis à l'époque contemporaine, afin de pouvoir faire usage des révolvers et treillis sans lesquels ne peut se concevoir une mise en scène (allemande) contemporaine. Le DVD nous a été épargné, mais pas l'inutile bande-son de la soirée du 2 juin 2014, ponctuée de bruits de scène et de rires sadiques. Ne soyons pas injuste : comme lors du récent Siroe, capté dans le même cadre par le même éditeur, Laurence Cummings, à la tête d'un orchestre trop léger, fait à nouveau preuve d'un réel sens de la mélodie haendélienne, joliment galbée (menuet de l'Ouverture) et soutenue. Il ne parvient cependant pas à transcender les faiblesses de sa distribution, notamment celles des consternants Gustavo et Rosimonda. Si le contre-ténor Christopher Lowrey vocalise à ravir, il lui manque les graves, la noirceur de l'infâme Gernando, créé par l'abyssale contralto Antonia Merighi. Et seule la mezzo Emily Fons, au timbre banal mais à la fougue et au sens rythmique remarquables, parvient à véritablement incarner son personnage, composé aux mesures de l'imprévisible Caffarelli... Notons que cet ouvrage mineur a déjà donné lieu à deux intégrales : l'irréprochable référence signée par Diego Fasolis (Virgin, 2009) et la plus dispensable lecture de Rudolph Palmer (Vox Classics, 1996), qui ne vaut que pour la ravissante Clotilde de Julianne Baird.

O.R.