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Musical au succès planétaire grâce au film qui en fut tiré, La Mélodie du Bonheur de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II vient, cinquante ans après sa création, d’être monté pour la première fois au Théâtre des Marionnettes de Salzbourg.

Salzbourg, jour de Saint Rupert, saint patron de la ville, par une journée inexorablement ensoleillée comme la cité n’offre presque jamais aux visiteurs estivaux. Toutes les places sont transformées en « jardins de bière », les habitants en tenue locale se retrouvent (presque) entre eux après l’impitoyable saison touristique. C’est le jour qu’a choisi le Marionetten Theater, situé à deux pas du prestigieux Mozarteum, pour présenter sa nouvelle création, qui raconte le destin de la famille von Trapp opposée à l’Anschluss avec ses enfants chanteurs qui, après avoir été présentés à un des premiers Festivals de Salzburg, durent subir un exil américain.

Les marionnettes vedettes ont beau emprunter leur voix à d'autres stars qui chantent, elles, de l’autre côté du fleuve, au plus célèbre festival d'opéra du monde, elles sont célèbres sur toute la planète et ont leur public de fans qui viennent les applaudir en robes longues et en smoking avec le même recueillement qu'à l'Opéra. Dans les coulisses, une entreprise familiale. En 1913, le sculpteur Anton Aicher monte Bastien et Bastienne, une pastorale composée par Mozart à onze ans. Son fils Hermann crée le théâtre, lui donne un répertoire et l'actuelle directrice, sa fille Gretl, sa dimension planétaire. Elle règne sur une troupe de douze personnes qui, le soir, tirent les ficelles mais, le jour, ont aussi un rôle à jouer dans la fabrication et l'entretien des marionnettes. Grâce à Gretl, les marionnettes ont visité le monde entier dont Paris où elles viennent régulièrement depuis l'Exposition Universelle de 1932. Elles s'y sont produites dans le petit écrin tout en bois du Théâtre du Ranelagh, puis au plus célèbre Théâtre des Champs-Élysées et, actuellement, c’est le Théâtre Déjazet qui les accueille.

Barbara Heuberger, qui petit à petit succède à Gretl, avoue à avoir eu du fil à retordre avec l’adaptation du musical pour ses créatures de bois et de résine. Il a fallu engager un chorégraphe américain, Richard Hamburger, qui ne parlait pas forcément le langage des marionnettes, rendre des comptes très précis à la Fondation Hammerstein (en fait, les représentants de quatre familles), notamment pour les coupures car les spectacles ne peuvent guère dépasser deux heures.

On avoue, à chaque production théâtrale de The Sound of Music, quelques réticences à déranger les souvenirs qu’a laissés le film inoubliable signé Robert Wise, Oscar du meilleur film en 1965, certes plus édulcoré que le musical de 1959 qui l’a inspiré. Pour ce spectacle, qui compte parmi les plus belles réussites de la troupe des Marionnettes de Salzburg (avec l’avant-dernier, spectacle purement théâtral du Songe d’une Nuit d’été de Shakespeare), plus de cinquante marionnettes ont été utilisées et les costumes multipliés (jusqu’à cinq pour le personnage de Maria). Les coupures sont ingénieuses et respectent les trois quarts de la partition. Les dialogues suffisent amplement pour comprendre l’action (ils seront dits en français lors de la tournée parisienne). Les décors figurent la vraie maison von Trapp, ce qui n’est pas le cas du film qui utilise deux châteaux pour donner l’illusion d’un seul lieu ! Pour la bande sonore, une version de Broadway (pas l’originale, avec Mary Martin et Theodor Bikel) a été utilisée, avec l’excellente Maria de Christiane Noll ainsi que Martin Vidnovic et Bill Youmans sous la direction de Marián Turner.

Quelques idées à l’impact dramatique énorme, comme de faire jouer le rôle de la Mère Abbesse par une des marionnettistes, assise sur la scène (extraordinairement expressive Heide Hölzl), avec la force du contraste entre la taille humaine et la puissance des gestes – idée reprise quand les temps virent au noir pour l’Autriche et qu’un nazi grandeur nature traverse la scène. La grâce des marionnettes de Salzbourg n’est plus à vanter, chaque moment de ce spectacle est magique et à chaque fois on se dit qu’il n’est pas possible de transmettre tant d’émotion à un morceau de bois et des fils. Ne les manquez pas quand elles seront à Paris en décembre, pour ainsi dire à la portée de la main !

O.B.

En tournée au Théâtre Déjazet (41 boulevard du Temple 75003 Paris) du 3 décembre 2011 au 2 janvier 2012. Réservations : 0 988 77 72 73. Prix des places : de 19 à 49 €.

à lire : La Comédie musicale, mode d'emploi, par Alain Perroux


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