Les Troyens

Berlioz

le 02/05/2010

Opéra d'Amsterdam

par Olivier Brunel

OEP66_1.jpg

 

Alastair Miles (Narbal), Yvonne Naef (Didon)


Les Troyens de Berlioz à Amsterdam n’auront pas tenu leurs promesses. Malgré une affiche attirante, trop de disparités stylistiques et linguistiques entre les interprètes et une mise en scène sans charme déclassent ce spectacle dont l’Orchestre philharmonique néerlandais dirigé par le chef américain John Nelson restera le grand vainqueur.Déjà présentée en 2003 et 2004, cette réalisation par Pierre Audi et George Tsypin des Troyens, donnée en une seule soirée, a bien rempli une série de huit représentations au Muziektheater d’Amsterdam. Relative déception cependant, dont la raison principale tient, pour ceux qui comprennent le français, à l’absence de clarté dans l’élocution des chanteurs. Privée du soutien de la langue, cette musique perd au moins la moitié de son charme. Si de surcroît la production, hormis quelques scènes dépouillées au début de la seconde partie, cumule des costumes laids et disparates (signés Andrea Schmitt-Futterer, une ancienne de la Schaubühne de Berlin), des éclairages vifs et de couleurs crues (Peter von Praet), on sort totalement du contexte historique, ce qui n’aide en rien à se repérer dans ces quatre grandes heures de théâtre. Seules exceptions au sabir général, le Chorèbe noble et bien timbré de Jean-François Lapointe et le Priam de Christian Tréguier, deux rôles hélas! éphémères. Mais c’est surtout des deux héroïnes qu’il y avait le plus à déplorer tant elles poussaient leur voix aux limites de leurs possibilités pour vraiment atteindre l’épanouissement et la générosité requis. Eva-Maria Westbroek particulièrement, certes une Cassandre de tempérament très dramatique, mais si peu nuancée que son chant s’apparente à un cri tout au long de La Prise de Troie. Un peu plus nuancée mais terminant souvent ses phrases dans une bouillie phonétique, Yvonne Naef donne de belles teintes sombres à sa Didon, mais les aigus sont constamment problématiques et forcés. Meilleur à Carthage qu’à Troie, le ténor américain Bryan Hymel a magnifiquement assuré, tout autant que Naef, le céleste duo «Nuit d’ivresse…» et s’est montré à la hauteur des difficultés du rôle. Peu de charme, hélas ! chez Charlotte Hellekant (Anna), ruinant le beau duo avec sa sœur Didon. De cette immense distribution internationale, se distinguaient l’Hylas de Sébastien Droy, plus par sa solidité que par son charme vocal, et le Panthée de Nicolas Testé, autre méritant francophone. Les chœurs préparés par Martin Wright étaient très honorables phonétiquement et souvent somptueux vocalement.On reconnaissait dans la production de Pierre Audi, à la direction d’acteurs rudimentaire, une parenté avec la Tétralogie qu’il a réalisée sur cette même scène, dont il est le Directeur artistique, avec George Tsypin : passerelles métalliques traversant la scène bien commodes pour stocker les foules si difficiles à faire bouger, praticables lumineux, volonté de s’inscrire dans une esthétique évoquant l’antiquité guerrière orientale. Le résultat n’est pas heureux, l’œil n’est jamais à la fête ni en phase avec un univers méditerranéen, ni même maritime. La chorégraphie et la gestuelle de choristes et figurants, furieusement datées des années quatre-vingt, frisaient souvent le ridicule. Heureusement, cette unité-là appartient aussi à l’orchestre et John Nelson a conduit le Nederlands Philharmonisch Orkest avec une belle clarté, une sobre rigueur, mettant en valeur d’un bout à l’autre de l’œuvre le génie de l’orchestration berlozienne.
OEP66_2.jpg

 

Christian Tréguier (Priam), Christopher Gillett (Sinon)



OEP66_3.jpg

Sébastien Droy (Hélénus), Christian Tréguier (Priam), Danielle Bouthillon (Hécube) en haut - Eva-Maria Westbroek (Cassandre)

Photos : Clärchen und Matthias Baus