Paris, L’Harmattan, 2018, 290 p.,31 €

Ce volume collectif, édité sous la direction du président de l’association des amis d’Ivan Tourgueniev, Pauline Viardot et Maria Malibran (ATVM), fait suite au centenaire de la disparition de la cantatrice (morte le 18 mai 1910) et réunit des contributions visant à célébrer tant l’artiste lyrique que la pianiste, la compositrice, la dessinatrice ou l’épistolière.

Le projet d’ensemble peine à convaincre tant il brasse de façon hétéroclite narration personnelle (Patrick Barbier raconte ainsi le pèlerinage de la journée du 18 mai 2010 qui vit les admirateurs de Viardot parcourir Paris sur les traces de sa vie), articles universitaires (celui de Florence Launay, sur Viardot compositrice, constitue sans doute l’apport le plus enrichissant et le mieux construit de tout le volume), études de correspondances (celle avec George Sand, par Thierry Ozwald, est clairement envisagée sous l’angle homo-érotique ; quant à celle avec Charles Gounod, par Melanie von Goldbeck, elle sera plus amplement scrutable dans le volume du même auteur paru en 2015 chez Actes Sud-Palazzetto Bru Zane), analyse musicale (la romance « Le retour du printemps », passée au crible par Angélica Minero Escobar), traductions de textes édités par ailleurs (p. 201, un chapitre de la biographie de Barbara Kendall Davies est donné ex abrupto) ou bien encore témoignages d’artistes autour de leurs propres spectacles évoquant Viardot...

Devant la richesse des talents de Pauline et le nombre de plumes expertes reconnaissables dans la liste des auteurs, on peut regretter plusieurs approximations tant dans la forme que dans le fond, certaines témoignant d’une direction relâchée, d’autres d’un travail d’éditeur bâclé – voire inexistant. Page 54, une célèbre photographie par Eugène Disdéri de l’interprète dans le rôle d’Orphée est indiquée comme « anonyme » ; les exemples musicaux reproduits sont parfois illisibles (p. 32) ; l’adresse internet du catalogue en ligne des œuvres de Pauline – présenté par Christin Heitmann – pâtit d’une coquille (p. 27) ; l’article de Midori Kobayashi (sur l’intérêt que portait Viardot au japonisme) aurait gagné à être relu tant pour corriger son style oral étrangement retranscrit que pour éviter les nombreux « Pauline Viardot Viardot » qui le jonchent. Enfin, quel parti prendre entre Alexandre Zviguilsky qui avance que Gounod était le père de la seconde fille de Pauline, Claudie, et Michèle Friang qui en évacue simplement l’hypothèse ? Que retenir des onze lignes d’Agnès Gerhards qui introduisent un long texte-source sans trancher sur son auteur putatif (Louise Héritte-Viardot, ou Louis Héritte ?) et l’illustrent… de la couverture d’un roman de madame Gerhards ?

La passion d’Alexandre Zviguilsky pour Pauline Viardot et les efforts déployés pour en offrir au lecteur des lettres inédites et un maximum d’angles de connaissance paraissent indéniables. Mais ils ne suffisent hélas pas à faire de ce recueil un ouvrage fiable ou cohérent.

C.C.