Yijie Shi (Demetrio/Eumène) Mirco Palazzi (Polibio), María José Moreno (Lisinga), Victoria Zaytseva (Demetrio/Siveno). Prague Chamber Choir, Orchestra Sinfonica G. Rossini, dir. Corrado Rovaris, mise en scène : Davide Livermore (Pesaro 2010).
DVD Arthaus Musik 101 647. Distr. Harmonia Mundi.

Le premier opéra (seria) du jeune Rossini, donné à Pesaro durant la saison 2010, n'est que partiellement de la main de l'adolescent qui, de 1806 à 1810, participait à son écriture conjointement avec son destinataire, le ténor-compositeur Domenico Mombelli. Ce dernier, guide avisé du musicien en herbe, avait mesuré le parti qu'il pouvait tirer de cette collaboration pour la petite troupe qu'il animait en compagnie de ses filles. Il attendra néanmoins qu'elles aient atteint la maturité pour leur confier la création de Demetrio e Polibio en 1812. L'ouverture, les airs de Siveno et d'Eumène, sont de sa plume, comme vraisemblablement l'air si démonstratif de la soprane au deuxième acte et quelques pages de moindre importance. L'architecture des finales et certaines élégances harmoniques sont bien, en revanche, du pur Rossini, plus certainement que le quatuor « Donami omai Siveno » qui avait su enchanter Stendhal, mais dont l'original a disparu. Il faut donc déguster cette œuvre modeste mais séduisante sans trop en attendre au plan de l'authenticité.

A Pesaro, le metteur en scène Davide Livermore avait conçu un jeu de rôles autour d'un livret mis à distance par une discrète ironie. A l'écran, les artifices de magie et les dédoublements de personnages tendent à se diluer. Un effort est nécessaire pour tenir le fil de cette histoire hellénistique tissée autour de Polybe, roi des Parthes, protecteur de l'amant de sa fille, Siveno, enfant perdu avant que d'être identifié comme fils de Demetrios, roi de Syrie. L'orchestre inconsistant réuni pour l'occasion sous la baguette diligente de Corrado Rovaris, et le forte-piano désaccordé, laissent insatisfait, à la différence du plateau de jeunes espoirs qu'ils soutiennent mollement. Plus que le ténor japonais Yijie Shi, ardent et délié mais de timbre ingrat, ou que la modeste basse Mirco Palazzi en Polibio, on appréciera le mezzo généreux de Victoria Zaytseva et surtout la coloratura serrée de l'espagnole Maria José Moreno.

Une aube rossinienne à découvrir, si l'on ne connaît pas la gravure audio réalisée au festival de Martina Franca 1992 par le label Dynamic, avec des chanteurs de premier plan : Surjan, Gonzalez, Weidinger et Mingardo.

J.C.