Alexandra Hutton (Virginia), Matthew Treviño (le fantôme de Sir Simon), Timothy Oliver (Cecil Cheshire), Jonathan Michie (Hiram Otis), Anooshah Golesorkhi (Canterville), Jean Broekhuizen (Mrs. Otis), Denise Wernly (premier Jumeau), Rachel Marie Hauge (second Jumeau). Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, dir. Matthias Foremny (2015).
CD Pentatone PTC 5186 541. Livret en anglais. Distr. Outhere.

Magnat du pétrole né à Los Angeles en 1933, Gordon Getty est l'un de ces mécènes américains dont le précieux soutien financier s'avère crucial dans un pays où les subventions gouvernementales constituent une bien maigre (et souvent inexistante) portion du budget de nombreuses institutions culturelles. Ainsi en est-il du San Francisco Opera et du San Francisco Symphony Orchestra qui bénéficient des largesses de ce richissime homme d'affaires qui caressa dans ses jeunes années le rêve de devenir chanteur d'opéra. À défaut de posséder une voix lui permettant de faire carrière, Getty s'est tourné vers la composition, principalement d'œuvres destinées à la voix. Son catalogue comprend actuellement trois opéras : Plump Jack (c'est-à-dire Falstaff), jamais joué sur scène, Usher House, créé au Welsh National Opera en 2014, et ce Fantôme de Canterville, que donna l'Opéra de Leipzig en 2015. Si l'on applaudit à ce goût que manifeste Mister Getty pour les grands textes de la littérature de langue anglaise, comment ne pas se montrer infiniment plus réservé quant à ses talents de librettiste et surtout de compositeur ? Corollaire de livrets offrant de bien pâles reflets des chefs-d'œuvre de Shakespeare, Poe et Wilde, sa musique manque cruellement d'intensité dramatique et distille en vérité une bonne dose d'ennui. Le Fantôme de Canterville se trouve en outre dépourvu d'une bonne partie de l'humour très fin et absolument exquis qui fait tout le prix de la nouvelle d'Oscar Wilde, et verse trop du côté du sentimentalisme, comme en témoignent le prologue (qui se déroule vers 1960) et la scène finale. Résolument tonale, la partition de Getty fait entendre des lignes vocales d'une désolante pauvreté expressive et constamment ponctuées d'arpèges ou d'éclats de cuivre qui engendrent une grande lassitude. Associé au Fantôme et à son univers archaïque, le clavecin apporte heureusement une couleur bienvenue dans cette grisaille orchestrale.

Mathias Foremny et l'Orchestre du Gewandhaus tirent le maximum de cet ouvrage qui ne leur permet guère de briller mais dont le rôle principal, celui de la jeune Virginia, est magnifiquement tenu par la soprano Alexandra Hutton. Elle éclipse aisément le reste de la distribution - et en particulier le Fantôme au chant quelque peu débraillé de Matthew Treviño - par la pureté de sa voix convenant idéalement à son personnage plein d'empathie pour Sir Simon. C'est elle qui confère un certain intérêt à cet enregistrement d'un opéra qui ne passera certes pas à l'histoire.

L.B.