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Judith Chemla (Violetta) et Myrtille Hetzel (violoncelle).

Traviata - Vous méritez un avenir meilleur,
le 13/09/2017 - Paris, Théâtre des Bouffes du Nord
Chantal Cazaux

 

 

Créé en septembre 2016, le spectacle Traviata – Vous méritez un avenir meilleur revient aux Bouffes du Nord.

« D’après La Traviata de Giuseppe Verdi », nous dit le programme – comme en réponse aux débats qui agitent la lyricosphère... Et ce « d’après » est d’une justesse d’esprit, d’une délicatesse de dialogue avec l’œuvre-source parfaites : c’est Traviata, c’est autour d’elle, c’est avec elle. Mieux : cela se glisse dans un interstice rare, très exactement celui qui crée l’espace de liberté entre fidélité et créativité, interprétation et inspiration.

Vous entendrez donc l’opéra de Verdi – mais aussi Lilac Wine ou L’Oiseau-Prophète, du beat de dance-floor ou de la banda de village. Son orchestre sera réinventé par huit instrumentistes prodigieux – formidables arrangements de Florent Hubert et Paul Escobar, et très bel ensemble qui s’écoute et joue d’une seule voix, par cœur et en arpentant la scène au gré de l’action ! Ses protagonistes seront incarnés par quatre acteurs-chanteurs tout aussi formidables. Sans compter que les instrumentistes seront aussi choristes et acteurs, que les chanteurs se mettront au piano, et que l’on finira par voir se dissoudre toutes ces catégories au profit d’un geste artistique complet, spontané et joyeux – à vrai dire : époustouflant.

Il y aura un montage savant et subtil de la partition, des détournements parfois, des anamorphoses troublantes, des digressions aussi : ici, les brumes opiacées d’une fête enivrante distordant le spectre sonore ; là, les exhalaisons d’une agonie flirtant avec le free jazz ; là encore un goût de terre et de poussière (comme celui du Verdi joué à Donnafugata dans Le Guépard) ; ou bien l’impression d’entendre un souvenir de musique, un fantôme acoustique.

Il y aura bien sûr, en premier lieu, ces acteurs-chanteurs qui trouvent l’équilibre et l’harmonie entre parole et chant, lyrisme et naturel, musique et théâtre. La prodigieuse Judith Chemla ne négocie rien du moindre fiorito, de la moindre altération cachée dans la vocalise, des extrêmes de la tessiture, donnant à voir, à vivre et à entendre Violetta, sa jeunesse survoltée, sa fraîcheur trop tôt fanée ; l’artiste lyrique cachée derrière l’actrice a des moyens indéniables et indéniablement maîtrisés. Damien Bigourdan assume crânement l’autre rôle de premier plan (Alfredo, en alternance avec Safir Behloul), auquel son ténor lyrique ardent (quoique parfois fragilisé) confère beaucoup de présence. Jérôme Billy dessine un Giorgio Germont très touchant, en baryton mélodiste et fin musicien, tout comme la Flora d’Elise Chauvin, beau timbre ambré. Qu’importent alors les quelques imperfections ou inadéquations vocales qui, ici ou là, touchent couleur, format ou technique : Verdi est interprété (musique et esprit) avec une belle intégrité.

La mise en scène de Benjamin Lazar joue de la fluidité des mouvements (tout est mobile : meubles, accessoires, musiciens), des matériaux (un grand voile de gaze enveloppe la scène) et des modes d’expression (délicieuses pensées « à voix haute » venant s’interpoler au milieu des cadenze à deux, touchant « Parigi, o cara » devenu slow tendrissime, etc.). Elle s’appuie aussi sur le mystère irrésolu d’un présent/passé impalpable, entre résurrection sous nos yeux d’Alphonsine Plessis – et de ses avatars Marie Duplessis, Marguerite Gautier et Violetta Valéry – et voyage dans le temps de jeunes comédiens réinventant son histoire, et favorise les éclairages diffus, les ombres chinoises, les zones de secret. Malgré une baisse de régime au cœur de la soirée (l’intermède Grenvil/Flora faisant office d’entracte), le délié de l’ensemble, infiniment poétique et singulier, touche juste, y compris dans ses « tableaux » fugaces, autels éphémères d’épiphanies retrouvées : la balade nocturne au bord de la Seine, la tombe d’Alphonsine devenue jardin clos, le carnaval triste faisant irruption dans la chambre du III, ou la dernière image refermant le spectacle sur l’évocation – là encore librement interprétée – de son portrait par Viénot.

Il reste sept représentations au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 30 septembre, puis plusieurs dates en région de février à mai 2018. Courez !

A lire : La Traviata - L'Avant-Scène Opéra n° 51 (mise à jour 2014).




Photos : Pascal Victor / ArtComArt.


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