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Marie-Eve Munger (la Fée) et Chloé Briot (le Pantin).

Pinocchio,
le 07/07/2017 - Festival d'Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence
Chantal Cazaux



 

Toutes les fées se sont penchées sur le berceau du septième opéra de Philippe Boesmans, commande du Festival d’Aix-en-Provence créée le 3 juillet au Grand Théâtre de Provence : un sujet universellement connu des petits et des grands – le Pinocchio de Collodi (1881), aventureux, humaniste, émouvant ; un livret de Joël Pommerat réalisé d’après sa propre adaptation du conte déjà bien ancrée au répertoire théâtral depuis sa création en 2008 aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe ; l’art de Boesmans, celui d’une musique syncrétique qui parle au spectateur, le surprend sans jamais l’abandonner et manie l’humour autant que le mélange des genres ; une distribution sans faille, enfin, qui se glisse avec aisance dans la partition et sa mise en scène comme s’il s’agissait de vieux amis connus de longue date.

On peut trouver appuyée cette histoire où mensonge et école buissonnière conduisent droit aux pires mésaventures, quand honnêteté et éducation sont promesses d’humanité bienheureuse ; bizarrement, la version de Pommerat, qui expose à vif la cruauté de la société à laquelle se confronte le pantin de bois, renforce d’autant la dimension édifiante de la morale d’ensemble – qui paraît aujourd’hui bien facile, sinon décalée, dans un monde où jamais l’enchaînement « étudier-travailler-vivre » n’a semblé plus précaire. Le passage à la scène lyrique aurait également pu provoquer un resserrement de la narration, que la musique distend de facto et qui, conservant une accumulation d’épisodes, frôle la longueur – sans cesse déjouée par Boesmans qui manie comme personne l’interruption, la digression, la volte-face.

La mise en scène, également signée Pommerat (décors et lumières d’Eric Soyer, comme en 2008 ; costumes d’Isabelle Deffin, vidéo de Renaud Rubiano), renforce l’impression de décalque de sa pièce en opéra : ce nouveau Pinocchio réussira-t-il à devenir un « vrai petit garçon », c’est-à-dire une œuvre du répertoire que d’autres metteurs en scène s’approprieront ? On le lui souhaite, même si sa naissance est fortement marquée de l’identité que l’on jurerait indélébile de l’univers de son créateur : car les mots et les images, coulant d’une même source qui mêle noirceur et ironie, âpreté et poésie lunaire, convoquant un théâtre de tréteaux aux effets d’arte povera d’une précision pourtant magique (ah, cette mer née d’un fumigène et d’un rayon laser !), paraissent indissociables, surtout à qui connaît la pièce en amont, son surréalisme macabre entre Tadeusz Kantor et Tim Burton, sa langue crue et ses évocations acides, toutes impressions intégralement retrouvées ici et contrepointées par sa nouvelle dimension musicale. Prenons pourtant le pari, puisque fées il y a.

A la tête d’un superbe Klangforum Wien, Emilio Pomarico dirige souple et vif ; de scintillements moirés en épaisseurs angoissées, c’est un perpétuel tissu polyphonique où les références (Mignon de Thomas et son « Connais-tu le pays ») se font palimpsestes flottants, où les dissonances gaguesques contaminent le discours, où l’on joue la partition au double sens du terme, aussi bien en fosse que sur scène où une troupe aux sonorités populaires (saxo, accordéon, violon tzigane) improvise ses coups d’éclat ou de dépaysement très communicatifs. Chloé Briot est un Pantin au caractère bien trempé, petite silhouette dégageant une énergie violente, sans que jamais le jeu ne vienne entamer le rayonnement et la liberté de son chant. Stéphane Degout campe un Directeur de troupe à l’autorité magistrale et inquiétante, aussi bien de ligne que de ton, qui libère une étonnante sauvagerie rageuse quand il se mue en Directeur de cirque, quand Vincent Le Texier émeut en Père et en Maître d’école dépassés. Impeccables Yann Beuron (en de multiples rôles secondaires) et Julie Boulianne (en Chanteuse de cabaret et Mauvais élève), cette dernière un peu en retrait par rapport à ses collègues côté clarté de l’élocution. La stratosphérique Fée de Marie-Eve Munger réussit l’exploit d’éblouir par sa tessiture haut perchée tout en émouvant par la tendresse soyeuse de son timbre, tout de douceur maternelle. Un public familial, captif et intrigué de bout en bout, salue la naissance de ce Pinocchio qui, comme L’Enfant et les Sortilèges, sait parler d’enfance et d’humanité.

Chantal Cazaux




Stéphane Degout (le Directeur de troupe), Chloé Briot (le Pantin, de dos) et Vincent Le Texier (le Maître d'école).
Photos : Patrick Berger.


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