Peter Grimes - Teatro alla Scala, Milan

Faust - Opéra de Montréal

Falstaff - Royal Opera House, Covent Garden

Mignon - Grand Théâtre de Genève

Cavalleria rusticana / Pagliacci - Opéra national de Paris, Opéra Bastille

Otello - Théâtre royal de La Monnaie

Orlando - Théâtre royal de La Monnaie, Bruxelles

Nixon in China - Théâtre du Châtelet

La Muette de Portici - Paris, Opéra-Comique

Deidamia - Opéra d'Amsterdam

Les Noces de Figaro - La Scala de MIlan

La Femme sans ombre - La Scala de Milan

Orlando Paladino - Théâtre du Châtelet

Rusalka - Bruxelles, La Monnaie

Caligula - Paris, Théâtre de l'Athénée

Pelléas et Mélisande - Opéra de Paris

Alcina - Opéra de Lausanne

Rigoletto - Opéra de Paris Bastille

Don Pasquale - Théâtre des Champs-Elysées

La Chartreuse de Parme - Opéra de Marseille

La Cerisaie - Paris, Palais Garnier

Kat'a Kabanová - Opéra national du Rhin

Salomé - La Monnaie, Bruxelles

Festival Puccini Plus - Opéra de Lyon

Kat’a Kabanová - Théâtre des Bouffes du Nord, Paris

Le Trouvère - Opéra de Montréal

La Dame de pique - Paris, Opéra Bastille

Manon - Opéra de Paris Bastille

Amadis de Gaule - Opéra-Comique

La Flûte enchantée - Paris, Théâtre des Champs-Elysées

Don Giovanni - La Scala de Milan

Cendrillon - La Monnaie de Bruxelles

La Vie parisienne - Opéra de Lyon

Falstaff - Capitole de Toulouse

La Cenerentola - Palais Garnier, Paris

L'Enchanteresse - Opéra d'Anvers

Madame Curie - Maison de l'UNESCO, Paris

Rusalka - Opéra de Monréal

Jenufa - Opéra de Rennes

Elektra - Opéra d'Amsterdam

Œedipe - La Monnaie, Bruxelles

Lulu - Opéra de Paris Bastille

Faust - Opéra de Paris Bastille

Tannhäuser - Opéra Bastille, Paris

De la Maison morte - Staatsoper, Berlin

La Nuit de Gutenberg - Opéra national du Rhin, Strasbourg

Falstaff - Staatsoper, Vienne

Gemma di Vergy - Festival de Bergamo

Le Tour d'écrou - Theater an der Wien

Les Noces de Figaro - Opéra de Montréal

La Clémence de Titus - Opéra de Paris, Palais Garnier

Salomé - Opéra Bastille

Tannhaüser et Parsifal - Festival de Bayreuth

La Femme sans ombre - Festival de Salzbourg

L'Affaire Makropoulos - Festival de Salzbourg

Così fan tutte - Festival de Salzbourg

Macbeth - Festival de Salzbourg

Attila - Teatro alla Scala, MIlan

Thanks to my Eyes - Festival d'Aix-en-Provence 2011

La Magicienne - Festival de Radio France et de Montpellier

La Clémence de Titus - Festival d'Aix-en-Provence 2011

La Traviata - Festival d'Aix-en-Provence 2011

Le Nez - Festival d'Aix-en-Provence 2011

Les Maîtres chanteurs et Rinaldo - Festival de Glyndebourne 2011

Roméo et Juliette - Teatro alla Scala

Les Huguenots - Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles

Le Crépuscule des dieux - Opéra de Paris, Bastille

Eugène Onéguine (Tchaikovski) et Dionysos (Wolfgang Rihm) - Festival de Hollande, Amsterdam

Macbeth - Deutsche Oper Berlin

Idomeneo - Théâtre des Champs-Elysées

Otello - Opéra de Paris Bastille

Tristan et Isolde - Opéra de Lyon

Mateo Falcone - Opéra-Théâtre de Metz

Le Songe d'une nuit d'été - English National Opera, Londres

La Damnation de Faust - English National Opera, Londres

La Bohème - Opéra de Montréal

Atys - Opéra-Comique, Paris

La Chauve-souris - Opéra de Québec

Les Vêpres siciliennes - Grand Théâtre de Genève

Hanjo et Matsukaze - Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles

Luisa Miller - Opéra de Lyon

Le Médecin malgré lui - Opéra Royal de Versailles

Vom Meer - Théâtre de Heidelberg

Sweeney Todd - Théâtre du Châtelet, Paris

Obéron - Théâtre du Capitole, Toulouse

Georges Prêtre dirige l'Orchestre de l'Opéra national de Paris - Salle Pleyel

Le Freischütz - Opéra-Comique, Paris

Platée - Stadsschouwburg, Amsterdam

Le Portrait - Opéra national de Lorraine, Nancy

Naïs - Paris, Cité de la musique

L'Affaire Makropoulos - Opéra national du Rhin

L'Opéra de quat' sous - Comédie-Française, Paris

Akhmatova - Opéra de Paris Bastille

Salomé - Opéra de Montréal

Kátia Kabanová - Opéra de Paris, Palais Garnier

Orlando furioso - Théâtre des Champs-Elysées

Siegfried - Opéra de Paris, Bastille

Billy Budd - De Nederlandse Opera, Amsterdam

Le Couronnement de Poppée - Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis

La Métamorphose - Opéra de Lille

Death in Venice - Teatro alla Scala, Milan

Cendrillon - Opéra-Comique, Paris

Le Consul - Opéra de Montréal, Atelier lyrique

Parsifal - Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles

Crépuscule des dieux - Opéra du Rhin, Strasbourg

L'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris - Palais Garnier

Francesca da Rimini - Opéra de Paris, Opéra Bastille

Magdalena Kožená : Lettere amorose - Théâtre des Champs-Elysées

Les Fiançailles au couvent - Opéra Comique

Werther - Opéra de Lyon

Giulio Cesare - Paris, Palais Garnier

Werther - Opéra de Montréal

My Fair Lady - Théâtre du Châtelet

Le Gala de l'Opéra de Montréal - Montréal

Mathis le peintre - Opéra Bastille

L'Italienne à Alger - Lausanne, Salle Métropole

Une Flûte enchantée - Théâtre des Bouffes du Nord

Roberto Devereux - Opéra de Montréal

Les Noces de Figaro - Opéra Bastille

La Mélodie du Bonheur - Marionnettes de Salzbourg au Théâtre Déjazet à partir du 3 décembre

Orlando - Théâtre des Champs-Elysées

Katia Kabanova - Théâtre Royal de la Monnaie, Bruxelles

Le Trouvère - Opéra de Québec

Show Boat - Théâtre du Châtelet

Le Triptyque - Opéra Bastille

Dialogues des Carmélites - Opéra de Nice

Eugène Onéguine - Opéra Bastille

Rigoletto - Opéra de Montréal

Love and other Demons - Opéra national du Rhin/Festival Musica

L'Italienne à Alger - Palais Garnier, Paris

Les Vêpres siciliennes - Amsterdam, De Nederlandse Opera

Le Vaisseau fantôme - Opéra Bastille

Roméo et Juliette - Festival de Salzbourg

Don Giovanni - Festival de Salzbourg

Orphée et Eurydice - Festival de Salzbourg

Lulu - Festival de Salzbourg

Lohengrin, Parsifal, Les Maîtres chanteurs - Festival de Bayreuth

Elektra - Festival de Salzbourg

Bellérophon - Festival de Beaune

Don Giovanni - Festival d'Aix-en-Provence

Un retour - Festival d'Aix-en-Provence

Le Rossignol - Festival d'Aix-en-Provence

Alceste - Festival d'Aix-en-Provence

Sémélé - Théâtre des Champs-Elysées

Anne Sofie von Otter et Brad Mahldau - Palais Garnier, Paris

Macbeth - La Monnaie, Bruxelles

Mirandolina - MC93 Bobigny

La Dame du lac - Paris, Palais Garnier

Cœur de chien - Opéra d'Amsterdam

La Walkyrie - Opéra Bastille

Così van tutte - Festival de Glyndebourne

Cendrillon - Opéra de Montréal

Billy Budd - Festival de Glyndebourne

L'Affaire Makropoulos - Opéra de Nantes

La Dame de pique - Opéra de Lyon

Magdalena - Théâtre du Châtelet

Eugène Onéguine - Opéra de Lyon

Les Contes d'Hoffmann - Opéra Bastille

Wiener Festwochen 2010 - Vienne

Maldoror - Aix-la-Chapelle

Mazeppa - Opéra de Lyon

La Donna del lago - Grand Théâtre de Genève

Les Troyens - Opéra d'Amsterdam

Billy Budd - Opéra Bastille

Armida - Metropolitan Opera, N.Y.

Hamlet - Metropolitan Opera, N.Y.

Treemonisha - Théâtre musical du Châtelet

L'Amant jaloux; Zémire et Azor - Opéra Comique

Idoménée - Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles

Platée - Opéra national de Strasbourg

L'Or du Rhin - Opéra Bastille

Émilie - Opéra de Lyon

Don Carlo - Opéra Bastille

A Little Night Music - Théâtre du Châtelet

Récital Simon Keenlyside - Palais Garnier

La Somnambule - Opéra Bastille

L'Attaque du Moulin - Opéra-Théâtre de Metz

Pelléas et Mélisande - Opéra national de Lorraine

The Fairy Queen - Opéra Comique

Manon Lescaut - Opéra de Lyon

Werther (Massenet) - Opéra Bastille

Julie, Boesmans - à l’Athénée –Théâtre Louis-Jouvet

Les Nouvelles du Jour, Hindemith - Opéra de Dijon

Fortunio - Opéra Comique

The Sound of Music - Théâtre du Châtelet

La Fanciulla del West - Opéra d'Amsterdam

Platée - Palais Garnier

Les deux Iphigénies - La Monnaie de Bruxelles

Salomé - Opéra Bastille

L'Étoile - Grand Théâtre de Genève

La Bohème - Opéra Bastille

Andromaque - Palais des Beaux-Arts - Bruxelles

La Ville morte - Opéra Bastille

Dardanus - Opéra de Lille

Mireille - Palais Garnier

Le Barbier de Séville - Opéra Bastille

Wozzeck - Opéra Bastille

Festival d'Aix-en-Provence 2 - L'Archevêché

Festival d'Aix-en-Provence 1 - Jeu de Paume, GTG, l'Archevêché

Carmen - Opéra Comique

L'Enfant et les sortilèges - Studio Bastille, Paris

Le Roi Roger (pour) - Opéra Bastille

Le Roi Roger (contre) - Opéra Bastille

Cyrano de Bergerac - Théâtre du Châtelet

L'Affaire Makropoulos - Opéra Bastille

Altre Stelle, Anna Caterina Antonacci - Théâtre des Champs-Elysées

Lulu - Opéra de Lyon

Macbeth - Opéra Bastille

Hippolyte et Aricie - Capitole de Toulouse

Fra Diavolo - Opéra Comique

Yvonne, princesse de Bourgogne - Palais Garnier

Mort à Venise - Théâtre de la Monnaie, Bruxelles

Lady Macbeth de Mzensk - Opéra Bastille

Didon et Enée - Opéra Comique

Eugène Onéguine - Palais Garnier

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NOS CRITIQUES ONT VU :


Scène du IIe acte de Tannhaüser.

© Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath.

Tannhaüser et Parsifal,
le 27/08/2011 - Festival de Bayreuth
Pierre Flinois


Bayreuth, cent trente-cinq ans déjà depuis la fondation, soixante années écoulées depuis la refondation par les petits-fils Wagner, et surtout, chiffre symbolique, centième festival ! Pas de commémoration particulière, cependant, pas plus que la moindre référence à Liszt et à ses 200 ans : en attendant les célébrations prévues pour 2013, quand on fêtera le bicentenaire de la naissance de Wagner, cette année sans Ring
propose les reprises du Tristan signé Christoph Marthaler et Peter Schneider (2005), des Maîtres du tandem Katharina Wagner / Sebastian Weigle (2007), du Parsifal de Stephan Herheim et Daniele Gatti (2008), du Lohengrin de Hans Neuenfels et Andris Nelsons (2010), parallèlement à une nouvelle production de Tannhäuser qui a renvoyé au public le miroir d’un Bayreuth en déshérence que les qualités globales de la production de Lohengrin l’an dernier – largement confirmées cette année, comme en témoignait la captation proposée le 14 août sur Arte – avait un moment fait oublier.


Un Tannhäuser lamentable

De fait, même si le cygne y passait à la casserole, c’est effectivement Lohengrin que le trublion et vétéran de la scène allemande avait mis en scène – et que le chef letton Andris Nelsons avait porté à l’absolu musical. Ce n’est pas du tout le cas du Tannhäuser signé par le metteur en scène Sebastian Baumgartner et son dramaturge Carl Hegemann (déjà responsable du foutoir total du Parsifal de Schlingensief), tout simplement consternant de vacuité, de prétention comme de médiocrité intellectuelle. On nous explique longuement dans le programme que le débat amour charnel / amour spirituel qui sous-tend l’œuvre n’est plus de saison au XXIe siècle, qu’on le remplace désormais par une opposition Apollon / Dionysos, matérialisée par le conflit entre une société écologique autosuffisante et stérile obsédée de propreté (= pureté) qui se refuse donc à la procréation (la Wartburg) et celle du Venusberg, échevelée, animale, sale, gage de fertilité et de renouveau débridé. On nous précise que Tannhäuser, homme d’excès comme tout artiste créateur, se met au ban de ces deux options irréconciliables. Tout cela – que l’on sait depuis des décennies, mais qui semble être découvert comme l’œuf de Colomb par l’équipe dramaturgique – est le pauvre masque d’une production d’amateurs au mieux dépassés par leurs ambitions, au pire volontairement provocateurs, dont le dénigrement obsessionnel s’empêtre dans un dispositif scénique prétentieux aussi vain qu’inadapté. Car nous voici au cœur d’une usine de biogaz hyperactive recyclant ses déchets dans la plus totale autosatisfaction (schémas du fonctionnement énergétique repris jusque dans le programme !), qui refuse net toute irruption de cet autre monde surgissant – en cage – des profondeurs, cirque aussi bestial que trivial (on s’y agite façon bonobo en chaleur ou, pire, pesante pochade estudiantine salace) exposant sa foi en la fécondité naturelle par celle d’une Venus enceinte jusqu’aux yeux, accouchant d’un petit Tannhäuser (?) au finale. On constate vite, au-delà du simplisme, que tout cela a évidemment sa propre et pauvre cohérence, mais ne met en œuvre ni le texte (dont on ne sait que faire, avec ses notions obsolètes de pardon, de Pape – sauf à nous montrer des pèlerins revenant de Rome tout propres et obsédés de nettoyage), ni surtout la partition dont la direction d’acteurs minimale semble se moquer éperdument. Défaut courant, on le sait bien, du Regietheater quand il est comme ici embourbé à son plus bas niveau, sans maîtrise aucune, et dégueulant sa facilité primaire sous des images vidéo pseudo-didactiques (digestion et synthèse biologique à l’acte I, ou Vierge Marie agitant ses orteils pour une partie des actes II et III) signées Cristopher Kondek, d’une médiocrité insigne et bien mal intégrées au décor industriel unique, pesant et encombré de Joep van Lieshout, où des acteurs habillés des costumes d’une laideur confondante de Nina von Mechow, semblent abandonnés au dénigrement par la direction sans aucun génie théâtral de celui qui a pourtant obtenu un prix Opernwelt de Metteur en scène de l’année en 2006, et qui plaide ici le manque de temps sous la pluie des critiques unanimes.

Tout cela confirme une fois de plus que le vrai problème est qu’à Bayreuth, on ne croit plus aujourd’hui au contenu des œuvres de Wagner : Marthaler réduit au prosaïsme le plus sinistre la relation passionnelle de Tristan et Isolde, Katharina Wagner renverse le débat artistique des Maîtres, Neuenfels règle drastiquement le contenu pseudo-religieux de Lohengrin (quand seul Herheim – admirable réussite – surmultiplie le sens de Parsifal en une synthèse historique magistrale). Dans ces productions qui plaquent une surinterprétation contemporaine sur l’œuvre mais ne cherchent pas à en exprimer le contenu réel, on cherche en vain le rapport entre le texte (musico-dramatique) et son expression effective, et l’acceptation que l’œuvre de Wagner porte la marque de son époque et en témoigne jusque dans la nôtre – et non l’inverse. Et l’on cherche plus encore l’émotion propre à ces œuvres, que ni l’orchestre, ni le chant ne parviennent à susciter, et on attend en vain le niveau de ces équipes d’autrefois, premières au rang mondial, et aujourd’hui secondaires en tout.

Car il faut bien constater que, sur le plan musical, la satisfaction est loin d’être complète. Le choix de Thomas Hengelbrock pouvait sur le papier sembler productif : un chef spécialisé dans le baroque s’attaquant au Wagner de Dresde, travaillant sur le fac-similé de la version originale de la main de Wagner (qui n’est cependant pas celle de la première en 1845, sans retour de Venus et chœur final de rédemption au IIIe acte), cela semblait prometteur. Las, si l’investigation du détail instrumental est effectivement de haute tenue, si transparence et clarté sont de mise, il manque ici la conception globale, la fameuse tension en arche nécessaire à la vie de l’œuvre : la pauvreté – réelle – de la musique du Venusberg dans cette version que Wagner devait renier, apparaît alors d’autant plus béante que manquent le nerf, l’envol, le sens narratif même. Tout chez Venus manque d’expression, les chœurs des Pèlerins manquant eux de poids (mais on les a relégués ailleurs), le concours de variété, et il faudra attendre les puissantes structures du final de l’acte II pour que la dimension requise trouve un peu de sa plénitude. Mais l’acte III – si difficile à rater pourtant – demeurera sans âme, presque plat. Côté chant alors ? Excluons de prime abord une Venus catastrophique, paralysée par un trac dévastateur, et chantant faux à tue-tête, et constatons qu’on reste dans les termes d’une franche honnêteté vocale, mais en rien aux rives de la légende. Le bon Tannhäuser de Lars Cleveman, fort ténor qui tient bien sa ligne, arrive à alléger, fatigue un peu après le concours, se rattrape pour un Retour de Rome puissant, sinon hanté, et ne fascine jamais. Pas facile de toute façon de créer l’anpathie quand on passe le premier acte en slip (« Nach seiner Tracht ein Ritter ! » * dit pourtant le texte). Camilla Nylund est une fort bonne Elisabeth, à l’aigu aisé, au timbre élégant, au chant racé, qui pas un instant n’émeut ni ne rayonne. Le jeune et beau Wolfram de Michael Nagy, séduisant de physique autant que de timbre, montre plutôt un futur possible qu’un présent inspiré d’émotion et de poésie. De fait la performance de la soirée, c’est à un Günther Groissböck aphone laissant la voix à un Kwangchul Youn magistral qu’on la doit. Bref, Bayreuth qui n’a pas offert un seul Tannhäuser abouti et passionnant depuis la production alors révolutionnaire de Götz Friedrich (1972-1978) ne propose ici qu’une esquisse ratée d’un ennui extrême, guère améliorable, et qui va lamentablement peser sur la programmation des années à venir.



Un Parsifal théâtralement absolu

Programmation dont les étoiles demeurent cette année encore le Lohengrin déjà cité, dont la nouveauté majeure est la prise du rôle-titre par un Klaus Florian Vogt triomphal, et le Parsifal décidément historique de Stephan Herheim, qu’on a revu avec une admiration non contenue : craignant que tant de détails, de références, de virtuosité, sidérantes une première fois, ne fassent effet d’artificialité une seconde, on n’a pu que constater que la superposition à la trame absolument respectée de l’opéra de tout le contexte usuellement narré et ici montré (la naissance de Parsifal, la mort d’Herzeleide, la perdition d’Amfortas…) sans que cela paraisse jamais didactique, la narration de l’histoire de l’Allemagne depuis la création de l’œuvre, dans son contexte nationaliste grandissant, jusqu’à la construction de la démocratie actuelle (en passant par deux guerres et un régime dont les étendards rouges ont ici plus de sens qu’ailleurs), la référence constante à l’histoire esthétique de l’œuvre (du Temple néo-roman de Joukowski au Temple nu de Wieland Wagner), et la localisation physique de l’action dans la villa Wahnfried, font bien un tout magistralement mené, exposé et osons dire génialement assemblé en un spectacle d’une intelligence et d’un brio confondants.


S’il faut mettre là un bémol, c’est sur le plan musical qu’on ira le pointer : comme précédemment, la belle direction, lente et pleine, de Daniele Gatti manque de la hauteur de vue, de la sensualité sonore, et de l’immatérialité incandescente propres à faire de l’ensemble un événement comme le fut naguère encore la direction de Pierre Boulez, transcendant, elle, une production impossible. Et la distribution, typique du Bayreuth d’aujourd’hui, c’est-à-dire bonne seulement quand on la voudrait ici glorieuse, n’ajoute pas à la fascination manquante. Seul point nouveau cet été, la prise de rôle de Simon O’Neill – Parsifal sonore et bien chantant mais peu poète, peu mystique, peu inspiré et assez balourd en scène – n’ajoute rien à un ensemble où Detlef Roth, visiblement en méforme, projette peu les souffrances d’Amfortas, où Susan Maclean – sans beauté, sans magie, aux aigus en difficulté relativement fréquente –, fait une Kundry solide mais sans charme et sans mystère, et où Kwangchul Youn mérite assurément son triomphe par une humanité irradiante et l’onctuosité d’une voix au vibrato légèrement plus marqué – fatigue due au sauvetage de Tannhäuser l’avant-veille ?

Espérons que la reprise annoncée pour 2012, avec au pupitre Philippe Jordan, occasion d’une captation vidéo de fait absolument indispensable, ajoute sa part de magie manquante à ce spectacle déjà historique. Pour le reste, et les brûlantes questions de l’avenir de Bayreuth, espérons qu’au moins le retour dans la fosse de Christian Thielemann – dès l’an prochain pour le Hollandais puis en 2015 pour Trista – et l’arrivée de Kirill Petrenko pour diriger le Ring du bicentenaire, ramènent le niveau orchestral à un plan que seul Andris Nelsons y donne aujourd’hui. Pour les distributions, il reste fort à faire, et le projet d’une Brünnhilde offerte à Angela Denocke inquiète plus qu’elle ne convainc. Pour les choix scéniques, l’annonce de productions signées de Jan Philipp Gloger – autre jeune branché du théâtre allemand – pour le Hollandais et de Frank Castorf – vieille gloire du même milieu – pour le Ring, avant le Tristan prévu par Katharina Wagner, montre que Bayreuth se referme toujours plus sur une seule esthétique locale et semble ignorer qu’on offre un Wagner bien plus varié, plus ouvert et bien meilleur ailleurs dans le monde.

Pierre Flinois

* Il est vêtu en chevalier




Detlef Roth (Amfortas) et Simon O’Neill (Parsifal).

© Bayreuther Festspiele / Jörg Schulze




Simon O'Neill (Parsifal) et Detelf Roth (Amfortas).

© Bayreuther Festspiele / Enrico Nawrath.

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