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Photo Festival de Beaune.

Alceste,
le 14/07/2017 - Festival de Beaune
Gérard Condé



Une évidence peut en cacher une autre. À qui serait surpris des propos triviaux des deux sentinelles au dernier acte des Troyens au seuil des moments les plus tragiques de l’ouvrage, on répondrait : « Shakespeare ! » Berlioz lui-même s’en prévalait. Mais qui pointerait du doigt le trio bouffe du Prophète devrait-il pour autant se contenter d’un méprisant : « Scribe ! » ? Car, à bien y regarder, tout aussi incongrue, la scène de Charon, dans l’Alceste de Lully et Quinault, est un illustre précédent. Contestée à l’époque de sa création (1674), elle n’en reste pas moins l’une des pages qui ont assuré à cette tragédie lyrique d’être un peu moins oubliée que ses sœurs. Le jeune Gounod, à la Villa Médicis, en régalait M. Ingres d’abord surpris puis conquis ; et dans son premier opéra, Sapho (1851), les coquetteries de Glycère et Pithéas se souviennent sans doute de celles de Céphise et de ses soupirants. Y aurait-il ainsi, dès l’origine, une tradition française du mélange des genres ? On aimerait l’affirmer, mais non : Lully, qui avait sans doute en tête des exemples italiens, n’a pas réitéré. Quel bel équilibre de registres, pourtant, quelle efficacité dramatique en comparaison de l’Alceste de Gluck où tout est si prévisible, si convenu et si édifiant que seuls les passages les plus inspirés s’imposent à l’attention ? Quant à l’intervention finale d’Hercule, il faut se pincer pour y croire. Rien de tout cela chez Quinault qui laisse au spectateur le choix entre les vertus de l’amour conjugal (sublime « Alceste, vous pleurez, Admète, vous mourez ») et l’audacieux « Si vous voulez aimer toujours, amants, n’épousez jamais ». L’un rehausse l’autre. De même que la stature bouffonne de Charon favorise la victoire d’Alcide. Si le nocher infernal avait eu l’envergure terrible qu’on lui suppose, quelle aurait dû être celle de son adversaire ? C’est le même souci de surélever les héros sans leur demander de frôler leurs limites qui a pu guider Shakespeare, Scribe, Augier, Berlioz et quelques autres.

Cet air de Charon – que l’on peut entendre sur YouTube chanté avec allant par Charles Panzera dans les années 40 et qu’on peut même voir Gérard Souzay interpréter d’autre sorte au Canada dans les années 50 – fut sans doute l’étincelle qui décida Jean-Claude Malgoire à offrir, en 1975, la première intégrale (et pour des années la seule) d’un opéra de Lully. Dans la revue Harmonie, Philippe Beaussant saluait l’événement mais, rendant pleine justice à l’engagement des chanteurs (Felicity Palmer, Anne-Marie Rodde, Bruce Brewer, François Loup, Max von Egmont, Marc Vento, etc.), remarquait à raison que la renaissance du chant baroque français était encore dans l’enfance. Si, en terme de prestige, la distribution réunie par Christophe Rousset pour cette Alceste du 35e Festival de Beaune, ne l’emporte pas sur celle de Malgoire, on peut dire que l’étape de l’interprétation « historiquement informée » est dépassée : le naturel revient à l’intérieur du style. L’Alceste de Judith van Wanroij est noble sans raideur, Emiliano Gonzalez Toro (Admète), vaillant et touchant ; face à une Céphise délicieusement coquine (Ambroisine Bré), ses prétendants Straton (Étienne Bazola) et Lychas (Enguerrand de Hys, impayable aussi en vieillard) joignent l’élégance à l’ardeur ; Douglas Williams (Charon) n’a pas volé son succès et Edwin Crossley-Mercer (Alcide), tard venu dans l’action, s’y est glissé sans trop laisser paraître qu’il est finalement le dindon de la farce. La prononciation des solistes, comme de l’excellent chœur de Namur, est si claire qu’il est inutile de plonger le nez dans le livret ; de là des confusions troublantes, dans une version de concert, quand un chanteur revient dans la peau d’un autre personnage (24 rôles pour 9 voix !). Peu importe au fond car, n’en déplaise à Boileau, « tous ces lieux communs de morale lubrique, Que Lully réchauffa des sons de sa musique » se suffisent à eux-mêmes…

Ces trois pleines heures de musique laissent penser une quasi-absence de coupures. Quant à la direction de Christophe Rousset, vive, attentive et sensible, à la tête de ses vaillants Talens Lyriques, elle confirme l’accord privilégié qu’elle entretient de longue date avec la musique de Lully. Il doit diriger le Faust de Gounod la saison prochaine, en concert au Théâtre des Champs Élysées, un Faust atypique et, espérons-le, un peu plus baroque qu’à l’ordinaire.

Gérard Condé


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