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Simon Boccanegra,
le 12/03/2017 - Paris, Théâtre des Champs-Elysées
Chantal Cazaux



 

En ce dimanche 12 mars, la saison des Grandes Voix faisait accoster au Théâtre des Champs-Elysées le Simon Boccanegra présenté en concert à l’Opéra de Monte-Carlo quelques jours auparavant. Disons d’emblée que ce fut une soirée d’anthologie : une de celles que l’on marque d’une pierre blanche.

Rarement a-t-on l’occasion d’entendre un plateau vocal aussi homogène et d’aussi haute tenue. On aura beau jeu de chipoter sur un Capitaine au phrasé sans grâce – qui ne dépare l’ensemble que le temps de ses minimes interventions. Partout ailleurs, des rôles secondaires jusqu’aux protagonistes, c’est un festin pour les oreilles. André Heyboer tient haut la morgue et le fiel de son Paolo, beau chant et expression éloquente qui jamais ne forcent les moyens mais au contraire soignent en permanence le mot et la ligne : on écoute attentivement l’interprète autant qu’on scrute le personnage. Fabio Bonavita lui fait pendant de façon équilibrée, même si son Pietro est moins dessiné. Ramón Vargas (Gabriele Adorno) fait lui aussi assaut de nuances, superbement réglées avec ses partenaires, jusque dans des aigus risqués sur le fil du piano et de la messa di voce ; quelques autres passages, plus tendus ou mettant à découvert un timbre désormais un peu opacifié, n’obèrent en rien la classe et l’engagement de son interprétation. Pour sa prise du rôle d’Amelia/Maria, Sondra Radvanovsky déploie une belle palette de couleurs et de dynamiques ; la tessiture est longue et le timbre, généreux, sachant darder des aigus exaltés ou les alléger en pianissimi impalpables. D’un italien moins idiomatique que ses confrères, mais parfaitement en situation dans le galbe verdien, dans ses pleins et déliés. Autre prise de rôle attendue : le Boccanegra de Ludovic Tézier, qui ajoute ainsi le Doge de Gênes à son répertoire. On le sent attentif à la partition (au point de ne pas croiser le regard d’Amelia/Maria pendant leur duo… et rarement celui de ses autres partenaires), scrupuleux de son chant également – il lui faut domestiquer un « chat » qui, niché ce soir-là dans le haut de sa voix, montre le bout des griffes à chaque aigu du Prologue et du début du premier acte ou à chaque élan trop débridé ; mais c’est chose faite avec un « Plebe ! Patrizi ! Popolo » où rien n’accroche et où tout se hausse à l’habituelle majesté de ce baryton Verdi décidément historique, avec en plus, soudain, un supplément d’engagement théâtral de l’interprète. Auparavant, et malgré cette relative distance, le phrasé de huit mesures sur « Del mar sul lido » aurait suffi à faire rendre les armes devant cet accomplissement où style et timbre se subliment l’un l’autre. A l’autre bout de l’opéra, la mort du Doge est l’autre grand moment : plus rien à prouver, plus rien à surveiller, Tézier libère alors son expression, pudique mais intense, et laisse aller sa voix à un morendo où la technique disparaît derrière l’émotion. Les hauteurs appelant les hauteurs, cette performance magistrale tutoie celle de Vitalij Kowaljow, Fiesco tout simplement parfait et admirable : le timbre est à la fois noir, mordant et profond ; le style est châtié mais sans retenue, humanisé par un engagement de jeu réel ; et l’interprète parvient à croiser la douleur du père et l’orgueil du patricien, leur violence d’autant plus ravageuse qu’elle fait sourdement son chemin.

La direction de Pinchas Steinberg est, comme toujours, pleine de fougue et d’énergie. Les pages les plus tempétueuses ou chorales sonnent ici avec un éclat presque saturé – on songe au Requiem, à Otello –, tant il galvanise le métal magnifique de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo et l’opulent lyrisme du Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo. Les moments plus rêveurs – les préludes, notamment – s’y dessinent plus par opposition que par une intrinsèque qualité aérienne, mais de bout en bout l’alchimie entre chef, orchestre et solistes ne faiblit jamais, parvenant à incarner, des voix et de la baguette, un véritable théâtre. « Version de concert » ? Un très grand Simon Boccanegra, tout simplement.

Chantal Cazaux

 


A lire : notre édition de Simon Boccanegra, L’Avant-Scène Opéra n° 19 (mise à jour : 2012).


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