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Gordon Gietz (Mgr Jean Bilodeau) et Gino Quilico (Simon Doucet âgé).

Les Feluettes,
le 21/05/2016 - Opéra de Montréal
Louis Bilodeau



 

Œuvre phare de la dramaturgie québécoise contemporaine, Les Feluettes ou la répétition d'un drame romantique (1987) de Michel Marc Bouchard est une pièce bouleversante qui portait en elle le germe d'une adaptation lyrique. La passion amoureuse entre deux jeunes hommes, contrecarrée par la jalousie et la morale étriquée du début du XXe siècle qui les poussent à un pacte de suicide, y atteint à une dimension universelle qui a séduit le compositeur Kevin March. Né aux États-Unis et vivant actuellement en Australie, le musicien s'est senti interpellé par cette histoire se déroulant à Roberval, sur les rives du lac Saint-Jean, où le mot feluette désigne un homme faible, d'apparence fragile ou efféminé. L'intrigue se déroule en 1952, dans une prison, où Simon Doucet a fait venir un ancien camarade d'études, Mgr Jean Bilodeau, afin de le forcer à assister à une pièce évoquant les événements tragiques auxquels il a été intimement mêlé 40 ans auparavant. La quasi-totalité de l'action est constituée de ce drame gravitant autour de la relation entre Simon et le comte Vallier de Tilly, que viennent perturber la jalousie de Jean Bilodeau et la société très cléricale de l'époque. Encore plus que dans Brokeback Mountain de Charles Wuorinen monté à Madrid en 2014, l'Opéra de Montréal secoue les habitudes des spectateurs en présentant une œuvre où les sentiments entre hommes s'expriment par des duos d'un grand lyrisme et où l'amour s'incarne de façon explicite.

Sur un livret réalisé par Michel Marc Bouchard lui-même et qui constitue une adaptation à la fois habile et fidèle de sa pièce originale, Kevin March a composé une partition très accessible qui met bien en valeur les nuances du texte et où dominent les demi-teintes d'une orchestration délicate. Les moments les plus forts sont sans doute les superbes duos d'amour, l'émouvante lettre de Vallier à Simon et les scènes entre Vallier et sa mère, comtesse à l'esprit dérangé qui demande à son fils de la tuer au dernier acte. L'ouvrage comprend aussi de fines évocations de ragtime, de folklore québécois et du Martyre de saint Sébastien, puisque les étudiants du Collège de Roberval répètent la pièce de d'Annunzio mise en musique par Debussy. Difficile également de ne pas penser à Ravel lorsque la comtesse de Tilly ébauche quelques pas de valse. March recourt fréquemment – peut-être de façon abusive – à la voix parlée et fait appel à un chœur de 19 hommes personnifiant des prisonniers qui se joignent à une distribution uniquement masculine de 11 solistes. Si l'œuvre soutient l'intérêt tout au long de ses deux heures et quart de musique, elle souffre de quelques baisses de tension et d'une inspiration par moments fluctuante. Ainsi, le thème de l'aérostat de Lydie-Anne de Rozier, très agréable au demeurant, revient à plusieurs reprises et donne lieu à trop peu de variations pour ne pas être jugé répétitif. Avouons enfin que les dernières mesures, qui nous laissent comme en suspens sur le sort de Mgr Bilodeau, concluent l'œuvre de façon plutôt décevante.

 

Associé depuis de nombreuses années à l'univers de Michel Marc Bouchard, le metteur en scène Serge Denoncourt a décidé de placer l'orchestre non pas dans la fosse, mais au fond de la scène, derrière les barreaux de la prison qui forment l'essentiel du décor. Si l'on en juge par les casquettes que portent les musiciens, ces derniers semblent faire partie des prisonniers qui participent à la pièce montée par les codétenus de Simon. Ils sont régulièrement dissimulés par des voiles ou un écran sur lequel sont projetées des images de la ville ou de la forêt. De cette mise en scène efficace et bien réglée, on retient notamment la belle image de l'immense linceul de la comtesse devenant ensuite le drap recouvrant les amoureux puis finalement les flammes qui embrasent le Collège. À l'exception de l'incendie de l'aérostat, il faut reconnaître que le thème du feu, moyen d'expression pour Simon par lequel il canalise le trop-plein de ses émotions, aurait pu inspirer des tableaux plus spectaculaires.

Le baryton Étienne Dupuis endosse le rôle principal du jeune Simon avec un aplomb et une sensibilité extraordinaires : vedette incontestable du spectacle, il joint à la somptuosité de sa voix un jeu à la fois sobre et juste. On croit parfaitement à son amour, à sa colère envers son père qui l'a battu, à son manque d'intérêt pour Lydie-Anne de Rozier et à son trouble profond lors de l'interruption de ses fiançailles par l'apparition de Vallier costumé en César. Révélation de la soirée, le ténor Jean-Michel Richer est un Vallier ardent, habité par le spleen et inoubliable lorsqu'il déclame sa lettre d'amour. Les nombreux passages tendus sollicitant le registre aigu lui posent quelques problèmes, mais l'artiste force le plus grand respect de par la force de son incarnation. La comtesse de Tilly trouve en Aaron St.Clair Nicholson (baryton) un interprète admirable, capable de bien rendre le déséquilibre psychologique et l'infinie tendresse d'une mère pour son enfant malheureux. Le contre-ténor Daniel Cabena nous semble moins à l'aise en Mademoiselle Lydie-Anne de Rozier en raison d'une voix manquant d'homogénéité et de volume. Très crédible en jeune Jean Bilodeau, le ténor James McLennan se révèle toutefois peu satisfaisant sur le plan vocal, au contraire de Gordon Gietz qui, en dépit d'un fort accent anglais, s'acquitte fort bien du rôle de Mgr Bilodeau. Très en voix, Gino Quilico est un remarquable Simon âgé qui nous fait regretter de ne pas l'entendre plus souvent. Parmi les autres solistes, le baryton Patrick Mallette se distingue en baron de Hüe. Les choristes et l'Orchestre Métropolitain dirigés par Timothy Vernon contribuent au succès d'un ouvrage qui fait date et qui sera redonné dans la même production et les mêmes chanteurs au Pacific Opera Victoria en avril 2017.

LOUIS BILODEAU




Jean-Michel Richer (le Comte Vallier de Tilly) et Etienne Dupuis (Simon Doucet jeune).
Photos : Yves Renaud.


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