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Véronique Gens (Hanna Glawari) et Thomas Hampson (Danilo).

La Veuve joyeuse,
le 20/09/2017 - Opéra national de Paris, Opéra Bastille
Chantal Cazaux



 

Créée en 1997 au Palais Garnier, la mise en scène de La Veuve joyeuse par Jorge Lavelli assume un côté crépusculaire qui contraste étrangement avec le pétillant de l’opérette, mais le fait en beauté : somptueux éclairages cuivrés de Dominique Bruguière, beau décor Arts-Déco d’António Lagarto (qui s’inscrit d’ailleurs plutôt bien dans la minéralité grise de Bastille). On regrette surtout des costumes un peu tristes (Francesco Zito), une direction d’acteurs manquant de rigueur et une vie scénique bien figée, que ce soit pour les chœurs, presque toujours alignés sans raison, ou pour les airs et duos chantés de façon souvent statique. Les dialogues (étalonnés par une sonorisation plutôt discrète en ce soir de quatrième représentation) et l’intrigue de vaudeville souffrent, eux, des dimensions du plateau : on s’empresse de jardin à cour et de cour à jardin, et l’on crée au forceps quelques coins d’impossible intimité.

Pourtant l’impression va en s’améliorant au fil de la soirée, au gré de véritables moments de grâce (Hanna et Danilo réunis dans une poursuite qui se resserre sur eux pour une « Heure exquise » montant en slow rêveur), de peps (les danseurs de kolo, idéalement bondissants), de poésie (la Chanson de Vilja et sa chorégraphie parallèle si expressive). Jusqu’au tableau final qui emporte l’adhésion et le triomphe public : un cancan comme l’Opéra en voit rarement en ses murs, tous jupons froufroutants, criaillant et mené de main de maître par de véritables avatars modernes de La Goulue et de Valentin-le-Désossé. A n’en pas douter, les chorégraphies de Laurence Fanon et leurs interprètes ne sont pas pour rien dans le succès de la soirée.

D’autant que musicalement… l’on reste un peu sur sa faim. Les petits décalages, si sensibles et audibles dans cette partition qui met à nu chaque attaque à l’unisson, sont légion – peut-être l’effet, au soir du 20 septembre, d’une moindre préparation avec le second chef, Marius Stieghorst ? Même les chœurs semblent en méforme, sopranos chantant un rien bas, ténors manquant de mordant. Et si l’ensemble du cast est très joliment caractérisé, en passant par une Valencienne au charmant fruité (Valentina Nafornita), un Rosillon très stylé et ardent (Stephen Costello) et un très vif Franck Leguérinel en Mirko Zeta, sans compter Siegfried Jerusalem en Njegus lunaire, le couple clé n’est pas à son avantage. Style châtié mais manquant de ce grain d’insolence et de sensualité vocales qui fait les grandes Hanna Glawari, Véronique Gens pâtit de l’ampleur de Bastille, démesurée pour son format vocal, et plus encore d’une sensible inadéquation entre son bas-médium peu projeté et un rôle qui y a bien souvent recours. Le chant aristocrate de Thomas Hampson se confronte désormais au souvenir d’un timbre – mais avec quel art : chaque aigu affaibli, chaque grave efforcé passe en souplesse dans une ligne parfaite. Et comédien, joueur, danseur – parfaitement charmeur, donc, en Comte bougon comme en séducteur fripon.

Une Veuve pas complètement joyeuse, malgré ses bons moments, et une rentrée de l’Opéra de Paris qui attend encore de sabrer un grand millésime.

Chantal Cazaux

 

A lire : La Veuve joyeuse – L’Avant-Scène Opéra n° 45




Le cancan final.
Photos : Guergana Damianova.


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