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La Reine de Chypre,
le 07/06/2017 - Paris, Théâtre des Champs-Elysées
Pierre Flinois



 

Au Théâtre des Champs-Elysées, résurrection d’un opéra de Fromental Halévy fêté en son temps mais bien oublié depuis, grâce au travail commun de Bru Zane France (dans le cadre du Festival Palazzetto Bru Zane à Paris 2017), du Théâtre et de l’Orchestre de chambre de Paris. Avec cette Reine de Chypre, retour à l’un des compositeurs majeurs du « grand opéra à la française », qui fit florès au XIXe siècle et demeure trop rarement joué aujourd’hui.

Certes, il y a La Juive, incontournable première pierre du genre, que Fromental Halévy déposa sur la scène de la Salle Le Peletier en 1835. Mais de la trentaine d’autres œuvres lyriques du compositeur produites entre 1827 et 1858, que reste-t-il sinon une liste de noms ? Le Palazzetto Bru Zane, après tant d’autres résurrections du répertoire français trop oublié du XIXe siècle, propose cette fois de revenir sur un autre grand succès du compositeur : sa Reine de Chypre, créée fin 1841, fort peu appréciée de George Sand – « c’était ennuyeux à crever malgré la beauté et la pompe du spectacle » – mais louangée par Richard Wagner presque au même niveau que son chef-d’œuvre. La confrontation valait donc la peine, pour comprendre pourquoi l’œuvre n’a pas tenu au répertoire.

La réponse vient en premier lieu d’un livret assez faible car très conformiste. Si La Juive nous parle encore, au delà d’une partition magnifique qui tient la ligne dramatique de bout en bout en s’offrant le luxe d’une respiration heureuse avec le duo Rachel/Eudoxie, c’est bien par la force d’un texte que n’effraye pas l’incohérence mais qui met en jeu des forces toujours actuelles – comme l’antisémitisme, la non-communication, le mensonge. En revanche, le livret de Vernoy de Saint-Georges pour La Reine de Chypre n’est qu’une relation amoureuse de plus, fort romancée, sur fond de vérité historique un peu malmenée – année 1441, au milieu des luttes (réelles) entre Venise l’impérialiste et Chypre l’indépendante. Rien là que de très courant sur la scène de l’opéra. Son personnage central, l’historique Catarina Cornaro, est ici partagée entre son amour pour le noble français Gérard de Coucy (le ténor) à qui elle fut promise et le roi de Chypre Lusignan qu’on l’a forcée à épouser, victime sacrifiée aux projets politiques d’un Mocénigo, indigne représentant du Conseil des Dix vénitien. Certes, cette patricienne vénitienne qui devint reine par son mariage avec Jacques de Lusignan et gouverna l’île à sa mort prématurée est une figure respectée parmi les grandes dames de l’Histoire. Mais ses amours inventées et forcément contrariées avec un seigneur français ont du mal à tenir en haleine le public d’aujourd’hui. La voilà héroïne ballottée entre désespoir amoureux et responsabilité politique, amour masqué et fidélité à la foi jurée, sacrifiant à la mode lyrique anecdotique du temps, dans une intrigue qui sera d’ailleurs reprise quasiment à l’identique par Lachner, Balfe et surtout Donizetti, dans sa Catarina Cornaro de 1843 qui ne servira qu’à magnifier le bel canto en plein rayonnement.

Entre scènes intimes d’une grande beauté, dont la force première est la grâce de la ligne musicale, et scènes de genre (on est à Venise d’abord, à Chypre ensuite) ou de foule assez conventionnelles, où le pittoresque, la pompe et le sentiment patriotique font assaut d’expression – et aussi parfois de bruit –, l’œuvre est donc assez inégale, voguant près des rives de l’opéra-comique autant que du drame élevé, malgré un réel sens de la liberté formelle dans les airs comme dans les ensembles. On comprend ainsi que cette Reine de Chypre ne pouvait guère durer, malgré nombre de réussites mélodiques, parmi lesquelles figurent la grande scène qui ouvre l’acte II, « Priez pour moi, mon gondolier », où l’héroïne attend le retour de son bien-aimé (« Je vais le voir »), ou le duo de Gérard et du roi à l’acte III, « À cette noble France », suivi de « Triste, exilé sur la terre étrangère » qui ne pouvait qu’enthousiasmer le public parisien. Si l’acte IV, avec ses fêtes bruyantes, est vraiment faible, l’émotion et la noblesse l’emportent à l’acte V, avec un superbe air de la reine.

Aura-t-on été influencé cependant par l’interprétation de ce concert qui pose problème ? Marc Laho ayant annulé au dernier moment, c’est Sébastien Droy qui, à quelques heures du concert, a relevé le défi d’incarner Gérard, rôle créé par un Gilbert Duprez des grands soirs. Hélas, le remplaçant n’a aucune des qualités de chant brillant et puissant requises pour le rôle. Préférant préserver un organe par nature peu puissant, il l’aura susurré de bout en bout, avec délicatesse certes, mais créant un déséquilibre absolu face à ses collègues, restant majoritairement couvert par l’orchestre malgré la baguette attentive d’Hervé Niquet. Le rôle de Catarina convient évidemment mieux à Véronique Gens, même s’il a été créé par Rosine Stoltz, un mezzo-contralto qui chantait Léonor de La Favorite ou Fidès du Prophète, mais aussi Agathe. Mais les qualités de timbre, de style, d’élégance de la chanteuse favorite des concerts du Palazzetto à Paris ou Versailles demeurent même dans l’investissement dramatique le plus engagé, même si elle n’a pas l’ambitus insolent de sa devancière. Etienne Dupuis tient fort bien le rôle de Lusignan, d’une voix mâle au caractère français parfait, même s’il lui manque un rien de stabilité parfois. Christophoros Stamboglis est un père noble de tradition et Eric Huchet cultive en Mocénigo un art du chant qui passe au dessus du traître de tradition pour lui donner un côté caustique des plus réjouissants. Hervé Niquet mène toute l’équipe, l’Orchestre de chambre de Paris et les excellents Chœurs de la Radio flamande, très sollicités, avec la verve et l’entrain qu’on lui connaît. Un peu plus de légèreté ou de subtilité dans les scènes martelées aurait cependant été bienvenue.

Une résurrection, certes, qui sera suivi d’une publication discographique. Garantira-t-elle la réapparition de l’œuvre sur scène ? On en doute.

Pierre Flinois


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